Petite urne, tu contiens celui pour qui l'univers était trop étroit.
Le Roi Nichard.
J'ai été l'astre de deuxième grandeur de la Révolution et de l'Empire à côté de Mirabeau et de Napoléon, et Louis XVIII me relègue au rang des satellites qui gravitent autour de son fauteuil.
Finirai-je ma vie politique avec la dignité illusoire de Grand Chambellan, dont la première prérogative est de recevoir les coups d'épingle du Roi Nichard? J'en rends bien quelques-uns, mais la partie n'est pas égale dans cette petite guerre d'épigrammes.
Que faire quand il est à table, mangeant du gibier, pendant qu'assis sur un pliant, je trempe un biscuit dans un verre de vieux madère? Quelquefois, il m'observe d'un air narquois, sans m'adresser la parole, et quand je reprends ma place derrière son siège, j'ai un peu l'air de la Statue du Commandeur dans le Festin de Pierre.
Nous avions des conversations, où nous nous regardions comme chien et chat:
—Comment vous êtes-vous arrangé pour renverser le Directoire avec Buonaparte?
—Mon Dieu, sire, je n'ai rien fait pour cela; c'est quelque chose d'inexplicable que j'ai en moi, et qui porte malheur aux gouvernements qui me négligent.
Puis, il me parle des ministres, pour me rappeler que je ne suis pas indispensable, du duc de Richelieu, mon successeur, et du duc Decazes. Quelques mois avant, le baron Louis m'avait présenté ce jeune homme que je ne connaissais d'aucune façon et dont je n'avais jamais entendu parler.
—Le duc de Richelieu a de hautes qualités et de grandes connaissances.