—Nous aurons donc un Dauphin?

—La reine l'espère; elle en a grand besoin; car en France, qu'est-ce qu'une fille?

—Ne trouvez-vous pas singulier que dans un royaume où les femmes gouvernent, on ne les compte pour rien?

—En ce qui touche seulement la succession à la couronne; autrement, depuis Louis XIII, à très peu d'années près, nous avons eu la haute main et commandé souverainement. Voyez la régence de Marie de Médicis et l'ascendant que la duchesse d'Aiguillon, notre grand'tante, prit sur le Cardinal de Richelieu. Voyez Anne d'Autriche, pendant la longue minorité de Louis XIV, puis madame de Montespan et madame de Maintenon. Sous le régent Philippe, il y avait dix favorites pour une; sous Monsieur le Duc, madame de Prie; sous le feu roi, madame de Châteauroux, madame de Pompadour, et vous.

—Oui, Cotillon I, Cotillon II, Cotillon III; mais aujourd'hui c'est le tour des sultanes légitimes; la reine a su prendre de l'influence; elle est roi et a raison de l'être.

—De toutes les manières, si une des nôtres ne peut être reine en vertu de sa naissance, il nous reste une belle fiche de consolation, celle de faire toujours la loi aux rois.

La duchesse aurait pu remonter bien plus haut que Louis XIII dans l'armorial féminin. Sous Clovis, Sainte Clotilde portait déjà les culottes; Blanche de Castille faisait mieux, elle enfermait à clef Saint Louis pour l'empêcher d'aller embrasser la reine. Partout où les hommes règnent, les femmes gouvernent, et le contraire ne se voit pas; c'est une quenouille bien embrouillée, la Loi Salique est un grand mot. Des mots, des mots, des mots, comme dit Hamlet.

L'Assemblée des notables.

1788.—J'étais depuis huit ans Agent général du clergé. L'Église de France formait un État dans le royaume. Elle avait son roi à Rome et se gouvernait elle-même. Je fus son ministre et, pendant ces années d'apprentissage des hommes et des affaires, j'appris à les conduire et à les traiter, comme un professeur qui s'instruit en enseignant. On m'accordait de l'esprit, on me reconnut de la capacité. Mes fonctions me laissaient la main haute et libre; la jeune Amérique était à la mode, j'armai un corsaire contre les Anglais, de moitié avec Choiseul-Gouffier, et le maréchal de Castries, ministre de la marine, nous donna des canons.

Pendant le rude hiver de 1788, le Trésor royal était vide, la famine à son comble, et le roi appela l'Assemblée des Notables, dont je fus nommé membre.