Le murmure du peuple s'élevait jusqu'au trône, d'abord faible comme une plainte, bientôt puissant comme une protestation, menaçant comme un défi, impérieux comme un ordre. Ce qu'il demandait n'était pas encore la vengeance, c'était la réparation, réparation tardive, accordée à regret par un roi médiocre, sans caractère et sans grandeur, soumis à toutes les influences de l'étranger et de sa famille, aussi incapable des grands crimes qui asservissent une nation que des fortes vertus qui la sauvent.

Le dénouement tragique de sa destinée ne saurait émouvoir. Son malheur fut celui de bien d'autres plus innocents que lui, et que leur obscurité n'empêcha pas de bien mourir. La Convention lui décerna les honneurs de son tribunal d'exception. Le juger ainsi, ce n'était pas associer la nation tout entière par ses représentants à la condamnation du Roi de France, c'était plutôt la consécration d'un titre qui n'existait plus. Cette inconséquence politique est affirmée par une parole révolutionnaire: «Sa tête, en tombant, ne devait pas faire plus de bruit que celle d'un citoyen.»

Il n'est pas permis de s'étonner qu'un rat abandonne le navire qui boit la mort, et passe sur le vaisseau qui tient la mer contre vents et marées. La Monarchie coulait à pic; la Révolution sauvait l'équipage et recueillait les épaves du naufrage royal.

Un mécontent est toujours un révolutionnaire; il veut, désire et attend autre chose. Quoi? Il l'ignore lui-même; mais tout changement indéterminé, comme les cartes battues, amène une nouvelle chance de gagner au joueur qui a perdu.

J'étais mûr pour être un des apôtres de cette révolution qui mâchait à vide, et qui allait broyer la vieille Europe dans l'étreinte inexorable de ses engrenages. La Révolution sabordait à coups de hache la carcasse pourrie qui avait été ma prison; elle brisa mes chaînes et me prit dans ses bras. Si j'ai eu une vraie mère, c'est celle-là. Elle a effacé l'affront de ma famille, et je me suis fait grand en me rangeant parmi les petits.

Jeté dans l'Église malgré moi, affranchi par la Révolution, brouillé avec les évêques, menacé de l'excommunication du Pape, j'ai refusé l'Archevêché de Paris, renoncé à L'Évêché d'Autun, et je suis rentré dans la vie civile, en perdant les soixante mille livres de ma charge. La Cour me fit des offres bien tentantes; c'était l'orange que jette le coureur à ceux qui le suivent dans l'arène olympique, je ne la ramassai pas. Je savais que je trouverais dans la caisse de l'opinion publique bien au-delà de ce qu'on me proposait, et comme j'avais besoin de m'enrichir, je prétendais appuyer plus solidement ma fortune.

Mais ce n'était pas tout. La veille du jour où je devais consacrer deux évêques, je reçus avis que le Clergé voulait me faire assassiner. Je fis mon testament en instituant pour ma légataire madame de Flahaut, et je couchai hors de chez moi, près de l'église où devait s'accomplir la cérémonie du lendemain.

À quelque temps de là, j'eus la mission de déposer entre les mains du roi une remontrance impérieuse, en l'exhortant à s'entourer des plus fermes appuis de la liberté. Comme il faut tout prévoir, c'était une poire pour la soif.

Le général Lamarque a écrit une lettre aux journaux qui critiquaient un de ses actes, et je lui dis à cette occasion: «Général, je vous croyais de l'esprit.»

J'ai eu cette faiblesse une fois, car il fallait bien me défendre, et voici ma lettre, qui a couru les gazettes: