—Enfin, voyons, dit madame de Staël avec une nuance de dépit, si nous tombions toutes deux à la rivière, à qui porteriez-vous secours la première?

Je parai le coup:

—Oh! baronne, je suis sûr que vous nagez comme un ange.

Quand elle donna son roman de Delphine, on voulut la reconnaître dans l'héroïne, et moi sous les traits de madame de Vernon, femme avide, coquette et artificieuse. Elle me demanda ce que je pensais de son ouvrage, et je lui répondis:

«On m'assure que nous y sommes vous et moi, déguisés en femme.»

Bien des années plus tard, madame George Sand, qui a adopté un nom d'homme, m'a fort maltraité aussi dans ses Lettres d'un Voyageur, où elle a fait de moi le type de la laideur.

On a fait une caricature où je suis représenté en Cupidon boiteux, assistant à la toilette de madame de Staël en Vénus, et promenant mes regards des beaux yeux du tarif des assignats aux charmes de l'ambassadrice.

Le jour où elle m'annonça sa séparation, je soupirai: «Hélas!»

Plus tard, elle me confia qu'elle allait se remarier, je criai: «Bravo!»

Elle désira que cette union restât secrète; mais elle fut aussi connue que si elle eût épousé le seigneur Polichinelle.