Il revenait radieux et signalait une vacance:

—Eh bien! que voulez-vous que j'y fasse? Sachez, monsieur, que quand une place est vacante, elle est déjà donnée.

—Il faut cependant bien que je vive.

—Je n'en vois pas la nécessité. Serviteur ben humbe.

Le Consulat.

Le Directoire a vécu. Bonaparte est Premier consul pour dix ans et me rend le portefeuille des Relations extérieures. Je monte à côté de lui sur le siège du char de l'État; il pique l'attelage de la pointe de l'épée, moi du bec de la plume, et fouette, cocher!

J'aime la force parce que je sais m'en servir, et l'État ne doit pas être gouverné par des hommes vertueux. L'Europe est résignée, et je joue sur le velours du tapis des chancelleries. Avec Bonaparte on peut tout oser, et nous osons tout.

Lors de la création du Consulat, je trouvais fort incommode la formule officielle de: «Citoyen Premier consul, citoyen Deuxième consul, citoyen Troisième consul.» Je l'abrégeai en la remplaçant par trois mots latins: Hic, Hæc, Hoc, dont la traduction de Montrond caractérisait le rôle dans la Trinité gouvernementale: Hic pour le masculin: Bonaparte; Hæc pour le féminin: Cambacérès, et Hoc pour le neutre: Lebrun.

1800.—Après la seconde Campagne d'Italie de Bonaparte, c'est Rœderer qui est chargé de la Constitution cisalpine. Il prépare deux projets, l'un court et clair, l'autre détaillé et confus, qu'il me soumet.

Il tenait pour le premier, disant qu'une constitution doit être courte...