Dans ses moments familiers d'abandon, Napoléon aimait encore à tourmenter tout le monde par des questions:
—Si je venais à mourir, que dirait l'Europe?
Et quand on s'est bien ingénié à montrer quel vide il laisserait dans l'univers, il ajoute tranquillement:
—L'Europe dirait: Ouf!
1808.—Je remplis les fonctions de Vice-Chancelier d'État, dont le titulaire en nom est le Prince Eugène, Vice-roi d'Italie, et c'est M. de Champagny, mon successeur, qui me remplace aux Conférences de Bayonne.
Napoléon, qui ne perd jamais une occasion de me taquiner, m'a envoyé à Valençay les enfants du roi d'Espagne, pour leur faire passer le temps agréablement. Je les ai reçus princièrement et leur conduite a été royale: ils ont mis à sac le château. Il y avait des foires dans le voisinage où ils achetaient des jouets à toutes les boutiques, et quand un pauvre leur demandait l'aumône, ils lui donnaient généreusement un pantin.
Entrevue d'Erfurth.—Napoléon et Alexandre, les deux arbitres du monde, se sont entendus. J'ai fait les honneurs aux rois et aux princes souverains, qui gravitaient comme des satellites autour de ces astres de première grandeur.
Au moment de monter chacun dans son carrosse, j'ai dit à l'Empereur de Russie: «Si vous pouviez vous tromper de voiture.»
Napoléon a apprécié les conseils que je lui ai donnés, et en me remerciant, il a ajouté: «Talleyrand, nous n'aurions pas dû nous quitter.»
C'était une éclaircie dans le ciel sombre où je voyais courir les nuages amoncelés, signes avant-coureurs de l'orage européen.