—Monsieur Fouché a commis une grande faute, une très grande faute; je lui donnerais un remplaçant, mais un seul, Monsieur Fouché lui-même.
Napoléon haussa légèrement les épaules, congédia les ministres, et il n'en fut plus question.
«Fouché, disait-il, est le Talleyrand des clubs, et Talleyrand le Fouché des salons.»
Je m'empressai de porter la bonne nouvelle à mon compère, qui en prit thème pour me raconter une discussion qu'il avait eue dans un cas semblable avec Robespierre au Comité de Salut public, et dans le feu du récit, il laissa échapper cet anachronisme révolutionnaire:
—Robespierre me dit: «Permettez, monsieur le duc d'Otrante...»
—Ah! ah! mon cher Fouché, duc... Déjà?
Même dans les circonstances les plus graves, on ne peut pas être toujours sérieux.
L'Invasion.
1813.—Après Leipzig, l'Aigle a du plomb dans l'aile. On peut s'arrêter quand on monte, jamais quand on descend. Napoléon décline. Il me rappelle et m'offre le Portefeuille des Affaires étrangères; mais il me faudrait renoncer à mon titre de Vice-Grand-Électeur. Il est trop tard pour se concerter et agir. L'Empire s'écroule; Samson était aveugle quand il s'est enseveli sous les ruines du Temple. C'est le comble de la niaiserie de se faire le courtisan du malheur, et les hommes, comme les chiens, sont souvent punis de leur fidélité.
L'Europe coalisée et victorieuse propose à Napoléon, isolé et vaincu, mais encore redoutable, les limites de la France de 1789. C'est la paix et l'équilibre de l'Europe. Il refuse et répond à l'ultimatum des puissances: