Je suis si ému de cette infâme proposition que je me crois déshonoré rien que de m'être mis dans le cas qu'on me l'ait faite. Je crois que j'aurais mieux aimé perdre Paris que de voir faire de telles propositions au peuple français, et je préférerais voir les Bourbons en France avec des conditions raisonnables. J'ai trois partis à prendre: Combattre et vaincre, combattre et mourir glorieusement, et si la nation ne me soutient pas, abdiquer.

C'est bien ce qu'il a dit à La Besnardière:

Je ne puis faire la paix sur la base des anciennes limites, en perdant les Alpes et le Rhin, avec une frontière ouverte de cent cinquante lieues. J'abdiquerai plutôt, je rentrerai dans la vie privée, et je vivrai tranquille avec vingt-cinq francs par jour. Je voulais faire de la France la reine de l'univers. Si personne ne veut se battre, je ne puis faire la guerre tout seul. Si la nation veut la paix, je lui dirai: «Cherchez qui vous gouverne, je suis trop grand pour vous».

L'invasion commence.

Au Conseil, la question du départ de Marie-Louise et du roi de Rome fut mise sur le tapis au dernier moment. Comme je savais qu'on ferait juste le contraire de ce que je conseillerais, je m'y montrai formellement opposé.

—Sa Majesté ne saurait courir le moindre danger. Il est impossible qu'elle n'obtienne pas de l'Empereur d'Autriche, son père, et des souverains alliés, de meilleures conditions que si elle était à cinquante lieues de Paris.

Marie-Louise voulait une décision écrite, mais je me gardai bien de la donner. Pour couper court à la discussion, Joseph donna lecture d'une Lettre de Napoléon qui était un ordre: «Si les Alliés approchent de Paris, l'Impératrice se retirera sur la Loire.»

L'Empereur avait parlé, la cause était entendue et le départ fut résolu.

En sortant de la séance, clopin-clopant, je dis à Rovigo:

—Si j'étais ministre de la police, Paris serait insurgé avant vingt-quatre heures et l'Impératrice ne partirait pas.