—Monsieur de Talleyrand, me dit Alexandre au débotté, vous avez ma confiance et celle de mes alliés, vous connaissez la France; dites ce qu'il faut faire et nous le ferons. Je n'ai aucun plan, je m'en rapporte à vous; vous avez dans une main la famille de Napoléon, dans l'autre, celle des Bourbons; je prendrai celle que vous me présenterez.

J'avais mon plan: Dieu, Table ou Cuvette, prêt à la manœuvre selon le vent.

La République? Impossibilité.—Bernadotte? Une intrigue.—La Régence et Napoléon II? Guerre civile.—Les Bourbons? Un principe, la Légitimité.

C'est dit et c'est fait.

Il faut maintenant trois choses: Un Gouvernement, une Constitution et un Traité. Je m'en charge.

La France obtiendra une paix honorable et relativement avantageuse. C'est l'Équilibre européen, le trône aux Bourbons, la conciliation future avec les Napoléoniens et les Républicains. Cependant, réflexion faite, j'ai peut-être abandonné avec trop de désinvolture plusieurs places fortes et du matériel de guerre; mais tout le monde était pressé d'en finir, et voilà la petite politique de mon quartier.

Ce fut par une délicieuse matinée d'avril que j'allai au-devant du Comte d'Artois, au vieux refrain du bon Henri qui marquait la marche en désordre, tirant la jambe, mais enchanté. Je m'appuyai sur le cheval du prince et je lui débitai un compliment très court avec une conviction bien jouée. Il était si ému qu'il étouffait: «Monsieur, Messieurs, je vous remercie, je suis trop heureux; marchons, marchons, je suis trop heureux.» De la Barrière de Bondy à Notre-Dame, ce fut une ivresse générale, et comme on cherchait à lui frayer un chemin: «Laissez, laissez, j'arriverai toujours trop tôt.» De Notre-Dame aux Tuileries, même ovation.

À onze heures du soir, j'étais avec Beugnot et Pasquier, qui finirent par accoucher d'un Mot historique que j'envoyai au Moniteur, en annonçant la rentrée du Comte d'Artois: «Rien n'est changé en France, il n'y a qu'un Français de plus

À Paris, un mot a plus de force qu'un jugement, et celui-là durera aussi longtemps qu'un préjugé.

Le joli de l'histoire, c'est qu'à force de l'entendre répéter et admirer, le Comte d'Artois finit par être sincèrement persuadé qu'il l'avait dit.