Pas de zèle. Il était inutile d'aller jusqu'à Calais; je rejoins Louis XVIII à Compiègne, et il m'accueille avec une de ses phrases: «L'exactitude est la politesse des rois.» Réponse du berger à la bergère, et l'entrevue prend une tournure où le Roi des Niches montre le bout de l'oreille:
—Monsieur le prince de Bénévent, je suis charmé de vous voir; il s'est passé bien des choses depuis que nous nous sommes quittés; mais j'espère que nous nous entendrons.
—Sire, je ne demande rien pour moi, je me crois seulement nécessaire aux Relations extérieures. Si j'ai mérité quelque chose, je sollicite pour ma nièce le titre de Dame du palais.
—Accordé. Je vous reconnaîtrai celui de prince de Bénévent, et vous aurez à la cour le rang des princes étrangers.
—J'ai l'honneur d'être Français, sire, et je ne renonce à ce titre pour aucun autre.
—Soit; je vous réserve un siège à la Chambre des Pairs. Si les événements vous avaient donné raison, vous me diriez: «Asseyons-nous et causons.» Vous le voyez, j'ai été le plus habile et je vous dis: «Asseyez-vous et causons.»
Louis XVIII avait déclaré à Londres que la Providence et l'Angleterre avaient fuit la Restauration, comme si la France, le Gouvernement provisoire et le Sénat n'y étaient pour rien; à Compiègne, c'était lui, lui seul, et c'était assez. La situation ainsi posée, il aborda de front le sujet délicat de l'entrevue.
—Vous voulez une Constitution?
—On demande moins à Votre Majesté qu'à Henri IV, et il avait conquis son royaume.
—Si je la jurais, vous seriez assis et moi debout. Nous verrons... Je voudrais aussi que les fonctions de député fussent gratuites.