«Londres, le 24 décembre 1832.

Monsieur le duc,

»C'est seulement hier soir que je suis parvenu à voir lord Palmerston et que j'ai pu l'entretenir du plan que le gouvernement du roi propose de suivre lorsque la citadelle d'Anvers sera tombée en notre pouvoir. Avant de lui laisser l'exposé dont j'ai l'honneur de vous envoyer une copie, je le lui ai lu, afin de pouvoir développer successivement, dans la conversation, les différentes questions qu'il renferme.

»En lisant cet exposé, vous verrez, monsieur le duc, que j'ai reproduit presque textuellement les considérations que vous avez si bien fait valoir dans les dernières lettres que j'ai eu l'honneur de recevoir de vous.

»Notre projet a été bien accueilli par lord Palmerston; il reconnaît l'exactitude des faits qui sont réunis dans l'exposé et il trouve que la marche qui y est indiquée est convenable et peut devenir très utile. Il m'a remercié de lui avoir communiqué ce travail et m'a promis de se soumettre très prochainement à un conseil de cabinet, dans lequel il se propose de l'appuyer. Ce n'est donc qu'après la décision qui sera prise dans ce conseil qu'il me sera possible de vous transmettre une réponse positive. Je ne puis pas vous désigner précisément le jour où il aura lieu, car plusieurs des ministres ne sont pas à Londres. Le chancelier, le marquis de Lansdowne et quelques autres sont absents...

»J'ai ensuite parlé à lord Palmerston des inquiétudes que l'on pouvait éprouver sur l'intention annoncée du roi des Pays-Bas, d'entraver la navigation de l'Escaut, et je l'ai prié de me faire connaître la conduite que croirait devoir adopter le gouvernement britannique si ce projet se réalisait. Il m'a répondu que la question pourrait se résoudre de deux manières selon les mesures que prendrait le gouvernement néerlandais. «En effet, m'a-t-il dit, le roi des Pays-Bas doit annoncer qu'il ne ferme l'Escaut qu'aux pavillons de France, d'Angleterre et de Belgique, ou qu'il le ferme à toutes les nations.—Mais, dans le premier cas, lui ai-je dit, ce sera la guerre qu'il nous déclarera.—Oui, a-t-il repris, ce sera la guerre, mais ce sera lui qui nous la déclarera, et il doit savoir qu'alors les valeurs qui sont tombées entre nos mains, par suite du blocus et de l'embargo, courront les chances des prises faites en temps de guerre.

»Si le roi Guillaume, a ajouté lord Palmerston, croit devoir rendre la fermeture de l'Escaut une mesure générale pour toutes les nations, nous serons en droit de réclamer le concours des cabinets qui ont pris part aux actes du congrès de Vienne, et qui, tous, sont plus ou moins intéressés à la libre navigation des fleuves, principe reconnu solennellement à Vienne. Rien ne nous empêchera, dans ce dernier cas, de procéder également à la condamnation des bâtiments hollandais que nous ne tenons encore que sous le séquestre.

»Il me semble, monsieur le duc, que cette manière d'agir serait fondée en raison, et qu'elle pourrait bien modifier la résolution du cabinet de La Haye, qui connaît la profonde impression que produirait en Hollande la saisie des bâtiments néerlandais retenus en ce moment par la France et par l'Angleterre; et, comme ce serait un des plus sûrs moyens de séparer les intérêts de la Hollande des intérêts du roi, on ne devrait pas le négliger...»

«Le 30 décembre 1832.

»J'ai reçu ce matin, avec une bien vive satisfaction, la dépêche que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 27. J'ai immédiatement communiqué à lord Palmerston et à lord Grey les ordres qui ont été adressés à M. le maréchal Gérard, au sujet de la rentrée de notre armée en France et de la mise en liberté sur parole de la garnison hollandaise. Ils m'ont tous deux exprimé leurs remerciements, de manière à me faire sentir tout le prix qu'ils attachent à cette conduite si noble et si loyale du gouvernement du roi.