Il ne lui restait qu'un moyen de préparer ma délivrance: proclamer, établir que je n'étais point folle; en appeler à l'opinion, et trouver des sympathies et des concours qui faciliteraient ma libération.
Un livre parut, où il démontra son innocence et la cruauté des procédés dont j'étais victime. La Presse du monde entier fit écho à son cri indigné. Et le secours espéré nous vint en particulier de la généreuse France, où mon malheur fut vivement senti. Un journaliste, un écrivain français, aussi réputé qu'estimé, et que je nommerais ici, avec reconnaissance, si ce n'était la réserve ordinaire de son caractère, dont je dois tenir compte, voyageait en Allemagne pour la préparation d'un ouvrage politique. A Dresde, on lui parla de ma situation. Il s'informa. Il alla voir le Président de Police qui, gêné, lui confessa que j'étais victime d'une «affaire de cour». Pour m'approcher, il n'hésita pas à se faire conduire à Lindenhof, comme s'il était neurasthénique. Mais par méfiance, ou sûreté de diagnostic, on ne voulut pas de lui dans l'établissement. Il revint à Paris, et obtint du Journal que ce puissant quotidien, apprécié pour son indépendance, s'intéressât à ma cause. Le comte, eut, dès lors, un appui efficace par lequel d'autres se trouvèrent.
Il ne pouvait reparaître à Lindenhof. Le journaliste français y vint, et la première nouvelle qui me rendit l'espoir fut un billet de lui, inconnu pour moi, et qui, au cours d'une promenade, fut jeté par un gamin dans ma voiture, en même temps qu'une lettre du comte.
Cette lettre, la «demoiselle de compagnie» la saisit au vol. L'autre missive resta en mes mains, et ce fut en vain que ma suivante policière tenta de me l'arracher.
Quand je la lus, palpitante, je ne retins qu'un mot, en une langue que je n'entendais plus guère, et qui était celle de ma patrie. Mes yeux emplis de larmes lisaient et relisaient ceci: «Espérez!»
XVII
COMMENT JE FUS A LA FOIS RENDUE A LA LIBERTÉ ET A LA RAISON
Je devais aller aux Eaux. J'en avais le plus grand besoin. Les petites stations thermales abondent en pays germanique. La difficulté n'était pas de trouver un lieu salutaire à ma santé, où mes gardiens n'auraient pas à craindre une foule cosmopolite, et pourraient me tenir prisonnière et isolée.
Cependant, aussitôt après l'incident des lettres jetées dans ma voiture, j'appris que je resterais à Lindenhof. La cure promise était supprimée.
Par bonheur, le médecin professeur, appelé pour moi en consultation, prit parti en ma faveur, consciencieusement, et me promit d'intervenir. En attendant, mes promenades cessèrent. J'acceptai même de ne point sortir, dupe des histoires que l'on me raconta, le Docteur Pierson, tout le premier.