«Dois-je penser que Léopold II était trop grand et que son ombre gêne?»

Sa volonté à l'égard du Congo et à l'égard de ses héritières s'est affirmée dans trois documents qu'on trouvera ci-dessous:

Premièrement, celui-ci:

Lettre explicative du Roi, en date du 3 juin 1906, ayant forme testamentaire

(Annexe à la pièce no 46 du Recueil des Documents produits par l'Etat belge)

«J'ai entrepris, il y a plus de vingt ans, l'œuvre du Congo dans l'intérêt de la civilisation et pour le bien de la Belgique. C'est la réalisation de ce double but que j'ai entendu assurer en léguant en 1889 le Congo à mon pays.

«Pénétré des idées qui ont présidé à la fondation de l'Etat Indépendant et inspiré l'Acte de Berlin, je tiens à préciser, dans l'intérêt du but national que je poursuis, les volontés exprimées dans mon testament.

«Les titres de la Belgique à la possession du Congo relèvent de ma double initiative, des droits que j'ai su acquérir en Afrique et de l'usage que j'ai fait de ces droits en faveur de mon pays.

«Cette situation m'impose l'obligation de veiller d'une manière efficace, conformément à ma pensée initiale et constante, à ce que mon legs demeure pour l'avenir utile à la civilisation et à la Belgique.

«En conséquence, je définis les points suivants en parfaite harmonie avec mon immuable volonté d'assurer à ma patrie bien-aimée les fruits de «l'œuvre que, depuis de longues années, je poursuis dans le continent africain avec le concours généreux de beaucoup de Belges».

«En prenant possession de la souveraineté du Congo avec tous les biens, droits et avantages attachés à cette souveraineté, mon légataire assumera, comme il est juste et nécessaire, l'obligation de respecter tous les engagements de l'Etat légué vis-à-vis des tiers, et de respecter de même tous les acte par lesquels j'ai pourvu à l'attribution de terres aux indigènes, à la dotation d'œuvres philanthropiques ou religieuses; à la fondation du domaine national, ainsi qu'à l'obligation de ne diminuer par aucune mesure l'intégrité des revenus de ces diverses institutions, sans leur assurer en même temps une compensation équivalente. Je considère l'observation de ces prescriptions comme essentielle pour assurer à la souveraineté au Congo les ressources et la force indispensables à l'accomplissement de sa tâche.

«En me dépouillant volontairement du Congo et de ses biens en faveur de la Belgique, je dois, à moins de ne pas faire œuvre nationale, m'efforcer d'assurer à la Belgique la perpétuité des avantages que je lui lègue.

«Je tiens donc à bien déterminer que le legs du Congo fait à la Belgique devra toujours être maintenu par elle dans son intégrité. En conséquence, le territoire légué sera inaliénable dans les mêmes conditions que le territoire belge.

«Je n'hésite pas à spécifier expressément cette inaliénabilité, car je sais combien la valeur du Congo est considérable et j'ai, partant, la conviction que cette possession ne pourra jamais coûter de sacrifices durables aux citoyens belges.

«Fait à Bruxelles, le 3 juin 1906.

«Léopold.»

Nul de sincère ne niera, ayant lu cela, que le Roi parle du Congo comme d'une propriété privée dont il se «dépouille», et qu'il donne à la Belgique, ce qui est parfaitement son droit, de même que le droit de la Belgique est de recevoir ce présent royal.

Mais il n'y a pas de droit sans devoir.

Je ne demande pas s'il était ensuite du devoir de l'Etat belge de m'accabler, exilée, prisonnière, calomniée, méconnue; de me dénier la nationalité belge; de mettre sous séquestre un peu d'argent demeuré pour moi en Belgique.

Ceci, je l'ai dit, fut, je crois, l'effet fatal d'une mesure générale, mal interprétée, peut-être, par un fonctionnaire maladroit.

Je ne m'y arrête pas, et demande seulement si l'Etat belge attesterait, aujourd'hui, qu'il a rempli les conditions à lui imposées par son bienfaiteur, et notamment «l'obligation de respecter… l'intégrité du revenu des diverses institutions» instituées par le Roi en faveur du Congo.

Attendons une réponse, et arrivons aux testaments proprement dits.