Des signataires de cette émouvante proclamation, certains ont disparu, certains sont toujours de ce monde.
A ceux qui ne sont plus et à ceux qui sont encore, je dis:
«Vous avez écrit et signé que la création de l'Etat africain fut l'œuvre personnelle du Roi. Donc, dans sa personne, vous avez compris l'homme, le chef de famille—et, par voie de conséquence, sa famille elle-même; ou bien le mot personnel n'a plus de sens… Et, en effet, soudain, il n'a plus eu de sens. Le Roi, devenu une entité sans attaches terrestres, a enrichi la Belgique, à l'exclusion de ses enfants déclarés inexistants.
«Vous avez écrit et signé que la Patrie en deuil se devait d'honorer dignement Celui qui disparaissait…
«Et comment, avec ou sans vous, l'a-t-on honoré?
«En continuant la fondation Niederfullbach et autres créations du génial bienfaiteur?
«Oh! nullement:
«On a liquidé, réalisé, détruit, abandonné ce qu'il avait conçu et ordonné. Je ne veux pas entrer dans le détail de ce qui s'est passé. Je ne veux pas descendre à la tristesse des dessous de Niederfullbach et autres œuvres du Roi, du jour où elles ont cessé d'être en ses mains. Je resterai sur le terrain de la faute morale qui me touche le plus.
«Onze ans après la mort du «grand Roi», où est le monument érigé à sa mémoire? Où en est le projet?
«Les Ostendais, qui lui doivent la fortune et la beauté de leur ville, n'ont pas même osé donner l'exemple de la reconnaissance. Ils ont craint d'indisposer les ingrats de Bruxelles, qui préfèrent le silence.