S'il en était autrement, elle serait sans honneur, sans raison, cruellement cynique, et justement méprisée.
Tous les arrêts du monde ne pourront jamais rien là contre.
J'ai raisonné, je raisonne encore ainsi. Mais je n'étais pas seule, et mes avocats belges ont eu d'autres raisons que les miennes et qu'ils croyaient concluantes.
Si je n'ai pas réussi dans mes vues, j'ai eu, du moins, la consolation de voir qu'ils ne perdaient rien à ne pas réussir dans les leurs. Ma cause leur a porté chance. Ils sont devenus ministres à l'envi et, de toute façon, ils n'ont eu qu'à se louer de m'avoir défendue.
Mais donnons la parole aux textes: ils sont plus éloquents que je ne saurais l'être. Je ne veux qu'être sincère. Là, comme ailleurs, je dis toute ma pensée. Je ne farde ni n'arrange. Je me retiens seulement d'être trop vive. On peut me voir telle que je suis.
Je m'exprime de même façon que si j'étais devant le Roi. C'est lui, c'est son esprit, c'est son âme que je voudrais atteindre et convaincre dans l'invisible.
En tête de ces pages, j'ai écrit son nom demeuré cher à mon respect filial. Je n'ai pas su, pu, osé discuter, de son vivant, avec ce père trompé et abusé sur mon compte. J'en garde l'incessant regret.
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Le 18 décembre 1909, le Moniteur belge publiait l'officielle communication suivante:
La Nation belge vient de perdre son Roi!
Fils d'un Souverain illustre dont la mémoire restera à tout jamais comme un symbole vénéré de la monarchie constitutionnelle, Léopold II, après quarante-quatre années de règne, succombe en pleine tâche, ayant, jusqu'à sa dernière heure, consacré le meilleur de sa vie et de ses forces à la grandeur et à la prospérité de la Patrie.
Devant les Chambres réunies, le 17 décembre 1865, le Roi prononçait ces paroles mémorables que, depuis lors, bien des fois l'on s'est plu à rappeler:
«Si je ne promets à la Belgique ni un grand règne, comme celui qui a fondé son indépendance, ni un grand Roi comme Celui que nous pleurons, je lui promets, du moins, un Roi belge de cœur et d'âme dont la vie entière lui appartient.»
Celle promesse sacrée, nous savons avec quelle puissante énergie elle fut tenue et dépassée.
La création de l'Etat africain, qui forme aujourd'hui la Colonie belge du Congo et qui fut l'œuvre personnelle du Roi, constitue un fait unique dans les annales de l'Histoire.
La postérité dira que ce furent un grand règne et un grand Roi.
La Patrie en deuil se doit d'honorer dignement Celui qui disparaît en laissant une telle œuvre.
Elle place tout son espoir dans le concours loyal et déjà si heureusement éprouvé du Prince appelé à présider désormais aux destinées de la Belgique.
Il saura s'inspirer des exemples illustres de Ceux qui furent, avec l'aide de la Providence, les Bienfaiteurs du Peuple belge.
Le Conseil des Ministres:
Le Ministre de l'Intérieur et de l'Agriculture: F. Schollaert.
Le Ministre de la Justice: Léon de Lantsheere.
Le Ministre des Affaires Etrangères: J. Davignon.
Le Ministre des Finances: J. Liebaert.
Le Ministre des Sciences et des Arts: Baron Descamps.
Le Ministre de l'Industrie et du Travail: Arm. Hubert.
Le Ministre des Travaux Publics: A. Delbeke.
Le Ministre des Chemins de Fer, Postes et Télégraphes: G. Helleputte.
Le Ministre de la Guerre: J. Hellebaut.
Le Ministre des Colonies: J. Renkin.