Suis-je coupable de l'erreur du Roi et de la Reine, celle-ci convaincue, par mes persécuteurs, de la gravité de ma «maladie», celui-là irrité, non de mon indépendance, mais du scandale organisé autour d'elle?

Suis-je coupable de l'égoïsme de mes sœurs, l'une cédant à des vues étroites, l'autre à des calculs politiques?

J'en conviens, je me suis révoltée contre la félonie et la contrainte. Mais pour quels motifs? Pour quels buts? Pour quelles fins?

Mon vrai crime est d'avoir échoué dans mon effort de possession de moi-même, dans l'attente d'une fortune que je n'ai pas eue.

Le monde n'admire que les victorieux, quels que soient leurs moyens de vaincre.

Victime dès mes premiers pas de jeune fille, livrée hélas! à la perversité, j'étais condamnée aux défaites.

La bataille s'achève, et je n'ai pas demandé grâce au mensonge, à l'injure, au vol, à la persécution.

J'aurais été seule, j'aurais succombé sous le fardeau des infamies et des violences. Je suis restée debout, parce que je ne luttais pas pour moi.

Dieu m'a visiblement soutenue, en animant mon cœur d'un sentiment profond d'estime et de gratitude pour un être chevaleresque dont je n'ai jamais entendu une plainte, quelle que fût l'atrocité des intrigues et des cruautés qui devaient le perdre.

Dans sa bassesse, le monde a jugé son dévouement et ma constance du point de vue le plus misérable. Qu'il sache qu'il est des créatures qui s'élèvent au-dessus des instincts auxquels il s'abandonne, et qui, dans une aspiration commune vers un idéal supérieur, échappent promptement aux défaillances terrestres.