Premièrement, sa mère, justement aimée et respectée, plaidait pour lui. Elle mettait sur sa personne quelque chose de ses mérites.
Secondement, le prince Frédéric de Hohenzollern avait exprimé l'intention de me demander en mariage. Le Roi et la Reine, avertis, ne tenaient pas, pour des raisons de tout ordre, à se rapprocher davantage de la maison de Berlin. D'autres prétendants, plus ou moins opportuns, pouvaient survenir. Donc, afin de couper court, je serais fiancée comme je le fus.
La Reine, d'ailleurs, se félicitait d'envoyer sa fille aînée à cette cour de Vienne où elle avait brillé. Elle y demeurait influente. J'en bénéficierais. Elle était encore plus satisfaite de songer que, par le majorat des Cobourg, en Hongrie, j'aurais des attaches solides, dans ce beau pays cher à son souvenir, et qu'elle y pourrait souvent rejoindre sa fille, peut-être même s'y retirer, car elle prévoyait un avenir de plus en plus difficile.
Mon fiancé reparut. Un an passe vite. La date du mariage approchait. Je connus les fleurs de rhétorique et les fleurs de serre d'une cour quotidienne. Et je me demandais pourquoi jamais la Reine ne nous laissait seuls, l'Archange et moi.
Mon fiancé parlait de ses voyages. Il en avait rapporté de singulières collections. Mais je ne les connus que par la suite. Il parlait aussi de ses plans d'avenir, des nombreuses propriétés des Cobourg, etc… Je m'abandonnais à de douces espérances, et répondais en disant les splendeurs de mon trousseau, enrichi des dons féeriques de la Belgique, dentelière et brodeuse sans seconde.
Enfin, j'essayai la robe blanche symbolique, sous le voile céleste, chef-d'œuvre en dentelle de Bruxelles, et je fus reconnue apte à manœuvrer une traîne, et à faire des révérences aussi bien que la plus souple des Demoiselles de Saint-Cyr.
Comblée de bijoux, je planais de plus en plus haut, encensée d'hommages, de félicitations et de vœux, sans voir que mon fiancé était d'un an moins jeune, et que j'avais grandi et pris une espèce de personnalité enfermée dans ses rêves et ses imaginations.
On m'exaltait sur tous les tons, en vers et en prose, avec ou sans musique, et il paraît que j'étais «une fleur de beauté irradiante». Je m'en tiendrai à cette citation.
De mon mari, on dut aussi célébrer le maintien, la noblesse, et autres prestiges. Je sais qu'il avait revêtu son uniforme militaire hongrois, et que nous reçûmes le Bourgmestre de Bruxelles, le célèbre M. Anspach, qui vint nous unir civilement au palais, le 4 février 1875. Puis ce fut en grand apparat que nous comparûmes devant le Cardinal Primat de Belgique.
Un autel était dressé dans la vaste salle attenant à la salle de bal. Je passe sur la décoration. Les chants et les prières me retenaient au ciel, et je n'oubliais pas, pourtant, que je servais de point de mire à l'assistance. Si ce n'était pas un parterre de rois, c'était un parterre de princes. A défaut des souverains, que leur grandeur retient attachés au rivage, il y avait là tout ce qui comptait sur les degrés des trônes: le prince de Galles, le kronprinz Frédéric, l'archiduc Joseph, le duc d'Aumale, le duc de Saxe-Cobourg, enfin une tranche énorme du Gotha.