Si j'entrais dans le détail d'une cérémonie de cet ordre, je n'en finirais pas. Mais rien n'offre moins d'attrait, à mon sens. Je suis toujours surprise quand, ouvrant parfois un roman moderne, je constate la peine que prennent des gens de talent pour décrire les somptuosités rituelles des unions terrestres.
Je n'en sais qu'une de hors de pair dans ce genre: celle de la Belle au Bois Dormant. Heureuse Belle, qui fut endormie avec sa cour juste au moment, je crois, d'un mariage qui ne lui aurait pas réussi.
Mais où sont les fées du temps où les bêtes parlaient?
Les fées se sont évanouies, et les bêtes ne parlent plus, sauf en nous-mêmes, et ce qu'elles disent n'a rien des jolis discours des fables et des contes. Ce sont de laides réalités.
J'ai pris par le plus long, mais, quoi qu'il m'en coûte, il faut que j'arrive à dire des choses qui n'ont jamais été dites, et qui expliquent le fond du fond du drame de ma vie.
On en a bien murmuré quelque chose, jadis, mais je ne m'arrête pas aux racontars obscurs qui, alors, égayèrent plus qu'ils n'attristèrent Bruxelles et la cour.
Je ne suis pas, je le sais, la première créature qui, après avoir vécu le temps des fiançailles dans le bleu, est brusquement, un soir, précipitée à terre, se relève meurtrie, et s'enfuit en pleurant.
Je ne suis pas la première qui, victime d'une excessive réserve, basée, peut-être, sur l'espoir que la délicatesse du mari et la maternelle nature se trouveront d'accord pour tout arranger, n'apprend rien, d'une mère, de ce qu'il faut entendre lorsque sonne l'heure du berger.
Toujours est-il que, venue à l'issue de la soirée du mariage au château de Laeken, et tandis que tout Bruxelles dansait aux lumières intérieures et extérieures des joies nationales, je tombai du ciel sur un lit de rocs tapissés d'épines. Psyché, plus coupable, fut mieux traitée.
Le jour allait à peine paraître que, profitant d'un moment où j'étais seule dans la chambre nuptiale, je m'enfuis à travers le parc, les pieds nus dans des pantoufles, vêtue d'un manteau jeté sur mon costume de nuit, et j'allai cacher ma honte dans l'Orangerie. Je trouvai un refuge au milieu des camélias, et je dis à leur blancheur, leur fraîcheur, leur parfum, leur pureté, à tout ce qu'ils étaient de doux et de caressant dans la serre éclairée par une aube d'hiver, et d'une tiédeur, un silence, une beauté qui me rendaient un peu mes paradis perdus, je dis mon désespoir et ma souffrance.