Nous partîmes, suivant le terme consacré, en voyage de noces. Mais il y a noces et noces.

J'aurais voulu emmener quelqu'une de mes femmes. Il n'y fallait pas songer. Le palais de Cobourg avait ses serviteurs. On m'expliqua qu'un élément étranger romprait l'harmonie de cette demeure de haut style. Je dus me contenter d'une suivante hongroise, d'ailleurs habile, mais enfin qui n'était pas de mes fidèles.

Et, pour tout, il en serait ainsi. Mes goûts, mes préférences, passeraient après ce qui serait décidé en conseil de famille.

Malheureusement, l'austérité qui régnait dans la salle de ce chapitre, ne régnerait pas au Palais à toute heure et dans toutes les pièces. J'allais m'en apercevoir.

En attendant, nous fûmes à Gotha, où le duc Ernest de Saxe-Cobourg, prince régnant, et sa femme, la princesse Alexandrine, firent un affectueux accueil à leur nouvelle nièce.

Le duc était un vrai gentilhomme, qui devint un de mes oncles préférés. Il parlait volontiers des personnages de son temps, et de son ami, le comte de Bismarck, et passait aisément à des sujets moins graves, encore que je fusse curieuse d'être instruite des hommes et des choses de cette Allemagne de laquelle je me trouvai si rapprochée par mon mariage. J'ai dit que sa langue était pour moi un parler aussi naturel que le français, comme il est de règle à la cour de Bruxelles. La Belgique n'a-t-elle pas tout à gagner à être bilingue, et à servir d'intermédiaire entre la région latine et la région germanique? Moins que l'Alsace et le Luxembourg, un peu comme eux, cependant, ne doit-elle pas bénéficier des deux cultures?

En quittant Gotha, nous allâmes à Dresde, puis à Prague, et enfin à Budapesth, brûlant Vienne. Passons sur ces visites princières et leurs réceptions identiques, à peu de chose près. L'intérêt est de dire, puisqu'il faut que j'explique ma vie calomniée, si, tombée du ciel, j'y remontais.

Nullement, et des années et des années devaient s'écouler avant que mon existence ne s'embellisse, de nouveau, d'un rayon d'idéal, les joies de la maternité mises à part.

Le seul souvenir précis que j'ai gardé de ce premier déplacement, en qualité de princesse de Cobourg est que, chaque soir, au festin de rigueur, mon mari prenait soin de me faire servir abondamment des vins généreux.

Je suis devenue, ultérieurement, capable de distinguer un Volnay d'un Chambertin, un Voslauer d'un Villanyi, un champagne d'un autre champagne.