Et, sur ces mots, je fus entraînée d'autorité par cet audacieux, qui était Magyar, et lancée dans le tourbillon.

Je confesse que je ne m'arrêtai plus de la nuit. Le Prince était furieux. Mais on l'accablait de compliments sur ma beauté, sur mon succès; il était obligé de sourire.

Je m'attendais à une scène, au départ. Heureusement, nous fûmes priés d'embarquer sur un bateau féeriquement illuminé, qui nous porta sur le beau fleuve, jusqu'au débarcadère le plus rapproché de notre palais, au son des musiques tour à tour ardentes et langoureuses que l'on n'entend que dans ce pays-là.

Etait-ce l'effet de la lyre d'Orphée? Je ne fus pas mise à mort au soleil levant, comme la pauvre Schéhérazade.

Que ne dansait-elle, au lieu de raconter des histoires?

A Bologne et à Cannes, j'ai vu défiler une société aujourd'hui disparue. Ici, chez la duchesse de Chartres, là chez le duc de Montpensier, au palais Caprara. En Italie, c'était certaines des plus nobles figures italiennes encadrées des premiers noms de France; sur la Côte d'Azur, c'était un monde plus vivant, plus papillonnant, où resplendissaient quelques-unes des beautés parisiennes.

Où irais-je, si je me laissais aller à évoquer les ombres de tant d'êtres que j'ai vus passer, occupant le siècle. Déjà le silence s'est fait, l'oubli a commencé. O vanité des choses…

Au moins, dirai-je combien Cannes, à cette époque, me ravissait par le goût raffiné des élégances françaises. La guerre a transformé cette ville, jadis recherchée des élites. J'ai lu qu'envahie et bruyante, elle a perdu le cachet discret qui était son caractère et son charme. C'est dommage!

Il y a tout à dire et il n'y a rien à dire de la vie des gens du monde qui ne sont que des gens du monde. Vraiment oui, je remplirais une bibliothèque si je reprenais par le menu les fastes mondains de mon passé. Mais de quel intérêt, au fond, cela serait-il? Je répondrais à ce genre de curiosités que satisfont ces chroniques où la société qui a besoin de polir quotidiennement son éclat pour briller, jette aux échos des journaux les noms des gens qu'elle reçoit et le détail des fêtes qu'elle offre. Curiosités banales et qui sont, malheureusement, le fond même de la nature humaine, de ses envies et de son amour-propre.

On trouvera mieux, sans doute, que je termine ce rapide crayon de ma vie de princesse de Cobourg, antérieurement aux événements qui préparèrent sa fin, par quelques traits sur mes enfants. Je le dois à cette sorte de confession d'une existence qui a tant souffert des mensonges des hommes.