Arrive l'Archiduc, qui était absent. J'étais encore furieuse… Oh! certainement, je ne prenais pas les choses par le bon côté. J'ai toujours eu un caractère que la sottise et la méchanceté mettent sens dessus dessous.

L'Archiduc m'interroge. Je lui raconte l'histoire.

—Louise, s'écrie-t-il, tu as cent fois raison. D'abord, à ton âge, et quand on est jolie, on a toujours raison. Nous allons faire tout de suite une promenade sur la neige.

Il sonne et on attelle à un grand traîneau deux trotteurs hongrois dignes du char d'Apollon, puis l'Archiduc m'installe, dans mes fourrures. Il prend les rênes et nous filons à grande allure, accompagnés d'un domestique de confiance. J'étais aux anges.

Ma puritaine et mon puritain n'osèrent souffler mot.

La société, à Budapesth, moins soumise au cérémonial de cour que celle de Vienne, avait plus de naturel et de hardiesse. J'ai souvenance d'un certain bal, dans l'île Marguerite, perle de l'écrin du Danube, où le Prince ne décoléra point, ne voulant pas que je valse.

J'étais assaillie d'invitations. Mon mari répondait pour moi qu'à la cour de Bruxelles, je n'avais appris que les figures du quadrille et le menuet.

Le quadrille! Le menuet! Il s'agissait bien de cela. La Hongrie entendait valser. Et une valse, au bord du Danube, au son des violons des Tziganes, c'est une valse, ou il n'en est pas au monde. Et puis, et puis on aura beau importer d'Amérique des bamboulas mornes ou épileptiques, et les baptiser de tous les noms des animaux trotteurs ou galopeurs de l'arche de Noé, la valse sera toujours la reine incomparable des danses des gens qui savent danser.

Un de ceux-ci, plus hardi que les autres, ne se paya pas de la défaite du Prince et répondit:

—Son Altesse sait assurément valser.