Pour ne pas sortir du cercle familial, je dirai seulement quelques mots de trois villes où j'ai eu des parents, et séjourné chez eux ou près d'eux en princesse de Cobourg: Cannes, Bologne et Budapesth.
D'abord, Budapesth qui était et qui reste une cité des plus attirantes, quand le bolchevisme n'y fait pas la loi. Dans le vieux Bude, l'ancien Orient a laissé sa trace; dans Pesth, les temps nouveaux de l'Occident se sont annoncés. J'en ai su quelque chose en 1918!
J'ai aimé Budapesth, et j'ai préféré le petit palais Cobourg de la capitale de la Hongrie et ses aimables réceptions à celui et celles de la capitale de l'Autriche. L'atmosphère était autre qu'à Vienne, et le voisinage du bon Archiduc Joseph, frère de ma mère, si cordial, m'était cher.
Son palais était à Bude, et son château à quelques heures de la ville. Ils n'avaient d'autre inconvénient que d'être aussi l'habitation de ma tante et belle-sœur, la princesse Clotilde, très différente de l'affectueuse et sincère Amélie.
L'Archiduc était un homme bienveillant, et qui ne jugeait pas mes fantaisies extravagantes.
La première année de mon mariage, nous devions célébrer chez lui, à Alcsuth, mon mari et moi, mon anniversaire de naissance, le 18 février. Il y avait, au dehors, une neige merveilleuse. J'avais dit, la veille:
—Je ne veux pas de cadeaux, mais, demain, laissez-moi faire une promenade en traîneau. J'ai une envie folle de conduire un traîneau. Ce sera la première fois.
L'archiduchesse Clotilde, expansive en son privé, excellait dans cet alibi des femmes qu'on appelle le collet-monté. Elle fit une moue sévère.
J'eus beau prier, insister. Le Prince, approuvant sa sœur, défendit ma promenade.
On me mit au pain sec dans le cabinet noir: je veux dire qu'il fut décrété que je ne sortirais ni à pied, ni à cheval, ni en traîneau.