L'idée ne serait pas venue à son frère Philippe ou à son frère Ferdinand, ni surtout à sa sœur Clotilde, qu'on pouvait mourir—ou vivre!—d'amour pour quelqu'un!
Notre double parenté avec la Maison de France me valut souvent, au palais Cobourg, ainsi qu'à la campagne, l'heureuse diversion de la visite de membres de la famille royale que ma jeunesse connaissait déjà plus ou moins. Mon printemps fut comblé des marques de leur affection.
J'ai vu naître les espérances de ma nièce Dorothée, fille de l'archiduchesse Clotilde, ma belle-sœur, fiancée au duc Philippe d'Orléans.
Je ne crus pas, je l'avoue, et, sans doute, était-ce l'effet de l'ambiance générale, sceptique à l'égard d'une France royaliste, que les lys d'or brodés sur la robe de la belle mariée s'envoleraient de sa traîne jusque sur l'Elysée, les Tuileries ou le Louvre. Je ne vis pas, cependant, sans émotion, la couronne fermée dont la future reine était coiffée, le jour de son mariage.
Ah! cette couronne, qu'elle tourne de têtes ou, plutôt, qu'elle en tournait! Car, à présent, il faut réfléchir…
Quoique étrangère à la politique de la France, et, d'ailleurs, astreinte à autant de reconnaissance que de considération pour le gouvernement de la République près duquel j'ai trouvé, avec la sécurité des justes lois, le respect dû au malheur, et la courtoisie que des républicains savent témoigner, même aux Princesses, je n'ai pu m'empêcher de suivre curieusement la carrière de «Roi expectant» de mon neveu le prince d'Orléans.
Tout arrive sur les bords de la Seine; et ceux de la Garonne ou du Rhône et des autres cours d'eau du plus beau royaume sous le ciel ne sauraient être en reste; mais, pour le mal que je veux à Philippe d'Orléans, je lui souhaite de n'avoir jamais à changer la casquette de yachtman qui lui va si bien contre la couronne de Saint-Louis. Il est «handicapé». Plus que jamais, aujourd'hui, le meilleur d'un roi, c'est une reine. Or, le sort a voulu que ce beau mariage de Philippe d'Orléans et de Marie-Dorothée de Habsbourg, qui fut une des joies du palais Cobourg, et l'occasion d'une de ses plus belles réceptions, ait tourné à l'encontre de ce qu'il promettait.
A un certain moment, j'ai fait le compte des ménages royaux ou princiers où soufflait le vent de la mésentente. Je suis arrivée à un chiffre effrayant.
A tout prendre, et en quelque monde que ce soit, la moyenne des gens parfaitement unis n'est pas élevée. Mais plus on se rapproche du peuple, plus le bon sens, le travail, la famille l'emportent, et plus sagement on se tolère, on s'accorde, on se soutient, et l'on finit par connaître une espèce de bonheur qui n'est, peut-être, que l'habitude de nos communes imperfections.
Ma vie princière m'aurait été encore plus pénible si, de temps en temps, elle n'avait été coupée de déplacements et de voyages au loin.