Lorsque ma fille Dora fut près de naître, en 1881, j'avais une telle appréhension de la présence de son père, que je fis tout ce que je pouvais pour cacher l'heure imminente de la délivrance. Je voulais que le Prince ne fût pas près de moi à ce moment pénible, et qu'il sortît, sans me croire dans les douleurs. Il en fut ainsi. Cela se passait dans notre palais de Vienne. Je parvins à surprendre mon monde. J'évitai, dans la souffrance, une présence qui n'aurait pu que l'accroître. La sage-femme, de garde près de moi, ne put même pas envoyer chercher à temps le professeur accoucheur. Il arriva après la bataille.

Dora fut mon second et dernier enfant. Elle promettait d'être jolie. Devenue jeune fille, encore plus grande que moi, très blonde et myope, elle a eu le malheur d'épouser le duc Gunther de Schleswig-Holstein, frère de l'impératrice Augusta, femme de Guillaume II.

Le malheur… C'est là, dira-t-on, un mot de belle-mère.

On verra par la suite que c'est une vérité conforme à des faits qui touchent à l'histoire contemporaine, rien de plus.

De son mariage, ma fille n'a pas eu d'enfants. Ils auraient appris que leur grand'mère est la plus coupable des femmes, à moins que ce ne soit la plus folle, parce qu'elle a dit, bien des fois, à son gendre, comme au prince de Cobourg, comme à certains dignitaires de Vienne et d'ailleurs, complices ou agents des persécutions dont elle était accablée:

—Vous n'avez qu'un but: prendre, en me prenant ma liberté, ce que je peux avoir encore. Mais il y a une justice, et vous serez punis!

Ils l'ont été.

Ah! si, au lieu de me martyriser ou de me laisser martyriser, certains des miens étaient venus, avaient osé ou pu venir à moi, directement, et en confiance… Je suis femme, je suis mère. Je ne soutiens pas que je n'ai aucun tort. Je soutiens seulement ceci, qui est vrai: on m'a toujours menti. On m'a toujours parlé d'honneur, de vertu, de famille, et j'entendais crier plus haut que tout cela: «Argent! Argent! Argent!»

VIII

LES HOTES DE LA HOFBURG: L'EMPEREUR FRANÇOIS-JOSEPH, L'IMPÉRATRICE ÉLISABETH