J'avais inspiré des jalousies. Qui n'en inspire? Ces jalousies se groupèrent autour de mon ancien admirateur. La cabale traditionnelle commença. L'indépendante que j'étais fut mise en joue par quelques bonnes âmes qui ne songèrent plus qu'à la massacrer avec l'aide du Don Juan repoussé.

Celui-ci ne fut pas long à composer la scène à faire.

On commençait alors à parler de l'attention que j'accordais au galant homme qui a été le seul que, de ma vie entière, j'ai distingué de toute la force de ma confiance et de toute l'étendue de mon estime. L'archiduc Louis-Victor alla raconter à son frère qu'il m'avait vue, de ses yeux vue, la nuit, dans un restaurant à la mode, en tête à tête avec un officier de uhlans.

Aussitôt, emportées par l'indignation d'un tel oubli de ce que je devais à mon rang, trois nobles Furies, que je ne veux pas nommer et qui avaient des droits singuliers à représenter la vertu sur la terre, firent connaître à Sa Majesté que, si j'étais priée au prochain bal de la Cour, elles me tourneraient le dos en plein cercle impérial.

Ma sœur, informée de ce hourvari, me prévint et me questionna. Je n'eus aucune peine à découvrir d'où venait le complot et à démontrer mon innocence à Stéphanie.

Le soir que l'archiduc Victor indiquait, je n'étais pas sortie du Palais Cobourg. J'ajoute, pour ce chapitre de petite histoire, que je n'ai jamais, jamais, jamais pris place à une table de restaurant en tête à tête avec qui que ce soit. Lorsqu'il m'est arrivé d'assister à quelque dîner ou souper, en un lieu public, dans un salon réservé ou dans une salle ouverte à tout le monde, j'ai toujours été accompagnée d'une ou plusieurs personnes de mon entourage.

Bien mieux, à l'heure qu'indiquait le calomniateur, j'étais avec le Prince mon mari et nous avions une de ces discussions, orage quotidien de notre existence. Le Prince était là pour s'en souvenir. Au surplus, le personnel pouvait attester que je n'avais pas donné l'ordre d'atteler et que je n'avais point quitté le palais. Enfin, rien de plus simple que de confondre l'archiduc et ses vertueuses amies.

Ma sœur fut convaincue et, sans vouloir se placer entre l'arbre et l'écorce, elle pensa que je ferais bien de parler à l'Empereur.

La cabale agissait vite. François-Joseph me devança en me faisant convoquer.

Je le vis dans l'appartement de Stéphanie. J'étais dans cet état de colère indignée que je n'ai jamais pu maîtriser, hélas! devant l'infamie.