Je remerciai d'abord le Souverain de son audience et lui dis, en me possédant difficilement, qu'il devait me défendre et prendre mon parti; que j'étais en butte aux attaques d'une misérable cabale et que c'était à lui d'y mettre fin en punissant les calomniateurs. Je lui demandais une enquête. Je l'attendais de sa justice.
On conçoit de reste mon discours.
Prévoyant mes paroles, il avait préparé sa réponse selon une formule d'un des chefs de bureau de la Chancellerie impériale, qui le dressèrent dans son jeune âge. Elle fut celle-ci:
—Madame, tout cela ne me regarde pas. Vous avez un mari. C'est son affaire. Je crois que, pour le moment, vous ferez bien de voyager et de ne pas paraître au prochain bal de la Cour.
—Mais, Sire, je suis une victime. Vous faites de moi une coupable.
—Madame, j'ai entendu mon frère, et quand Victor a parlé…
Il acheva d'un geste qui voulait être impérial et définitif.
Je n'étais pas femme, on le sait, à tenir bon contre tant d'iniquité. Je cachai mon mépris en prononçant:
—L'avenir dira, Sire, lequel de nous a menti, de l'Archiduc ou de moi.
Je fis ma révérence dans toutes les règles, et l'Empereur sortit.