Revenue au palais de Cobourg, j'entrai chez mon mari et lui déclarai que j'attendais de son honneur que, pour déchirer la trame abominable où j'étais prise, il envoyât ses témoins à l'archiduc Victor.

Le Prince de Cobourg me répondit froidement que, si j'avais perdu la faveur impériale, il n'avait pas envie, lui, de la perdre en se battant avec un Archiduc, frère du Souverain.

Après l'empereur chevaleresque, je tombais sur un autre Galaor!

Ma furieuse insistance ne put rien obtenir, ou plutôt elle obtint tout le contraire de ce qu'elle cherchait: le Prince ne voulut plus se rappeler que j'étais au Palais, le soir désigné par le calomniateur. Il déclara qu'il ne le contredirait aucunement!

Ce fut la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Dès cette heure, ma résolution fut prise: je ne resterais plus avec le mari qui m'abandonnait. J'écouterais la voix qui m'avait dit: «Vous vous perdez, Madame, dans le monde où vous vivez. Il est lâche et pervers.»

Cependant, l'instinct de la famille fut plus fort que ma colère.

Je dis au Prince:

—Nous devons nous séparer et reprendre chacun notre liberté. Mais nous avons des enfants. Evitons un éclat. Voyageons une année. Si, au bout de cette année nous n'avons pas trouvé une nouvelle règle de vie commune, nous nous quitterons. Vous irez de votre côté, moi du mien.»

Je venais de prononcer les paroles qui, dans l'esprit d'un homme tel que le Prince de Cobourg, étaient les plus terribles qu'il pût appréhender. La perspective d'une séparation ou d'un divorce annonçait la possibilité du passage des millions du Roi en d'autres mains que celles du père de mes enfants. Et cela, jamais!… J'en saurais quelque chose. Je le sus, en effet.

Puisque je montre le fond du drame, je dois expliquer les raisons secondes de l'incroyable attitude de François-Joseph. Elles touchent à la politique, et je ne voudrais m'attarder sur aucune, la sienne moins qu'une autre. Cependant, j'écris pour essayer d'ajouter quelques traits à l'Histoire de ce temps aussi bien que pour me défendre.