Rodolphe disait de sa mère: «C'est un philosophe sur le trône.» C'était vraiment un grand esprit.
Le jour où j'eus l'honneur d'être reçue en particulier, pour la première fois, par l'Impératrice, fut pour moi un jour sensationnel. Je savais qu'elle ne portait que du blanc, du noir, du gris et du violet. J'ai toujours composé mes toilettes sans le secours du couturier et, si j'en crois les flatteries de la rue de la Paix, j'ai su m'habiller, après quelques années de tâtonnements. J'avoue qu'alors, si hardie que je fusse devenue en pareille matière, je pris mon temps pour me décider. Enfin, j'optai en faveur d'une robe d'un violet de violette, garnie de grèbe, avec un petit chapeau-toque, comme on en portait alors, tout en velours, heureusement arrangé.
Je dirai sans fard qu'il me revint que ma toilette avait été remarquée favorablement.
L'Impératrice fut toute de charme. Elle me parla de la Reine comme d'une amie présente à son affection, en termes simples et choisis à la fois. C'était sa façon de parler sur toutes choses. Rien que de bon, de supérieur et de naturel en même temps ne tombait de ses lèvres qui s'entr'ouvraient à peine pour laisser passer des mots nettement prononcés, mais bas, et purs cependant. C'était une voix d'âme: un cristal étouffé, mais un cristal.
Jamais je n'ai revu un sourire pareil au sien. Il mettait le ciel sur son visage. Il enchantait et il troublait, tant il était à la fois doux et profond.
Elle était belle d'une beauté de l'Au-delà, avec quelque chose d'immatériel dans la pureté des traits et des lignes du corps. Personne ne marchait comme elle. On n'apercevait pas le mouvement des jambes. Elle s'avançait en glissant; elle semblait planer à ras de terre. J'ai lu souvent de quelque femme célèbre et adorée qu'elle était «d'une grâce inimitable». L'Impératrice Elisabeth avait vraiment cette inimitable grâce, et ses grands yeux bruns, tellement ils apaisaient et parlaient un noble langage, semblaient exprimer les vertus théologales: la Foi, l'Espérance et la Charité.
La Bavière qui l'avait vue naître, a gardé intacts, au cours des âges, des éléments de la race celtique établis jusqu'au Danube. L'Allemagne du Sud a de ce vieux sang européen en abondance.
L'Impératrice avait les caractéristiques de la beauté celte la plus raffinée. Elle n'était pas germanique, du moins comme au delà du centre de l'Empire, en tirant vers le Nord. Elle exprimait à la perfection, moralement et physiquement, tout ce qui sépare et continuera de séparer Munich et Vienne de Berlin.
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Les souvenirs se pressent en foule, quand je reviens par la pensée à la Hofburg. Il faut choisir.