L'histoire de la liaison qui le mena au tombeau a été souvent contée. Je me bornerai à quelques traits inédits ou peu connus.
Il y eut, dans l'amour de l'Archiduc héritier pour Mary Vescera, une sombre fatalité ou une sinistre influence…
Peu de temps avant que je me décide à rédiger ces pages, un jour, après avoir rangé des papiers qui, justement, me ramenaient à l'époque où j'étais la confidente et l'amie de Rodolphe, je suis sortie dans Vienne.
Au détour d'une rue encombrée, j'ai aperçu, de ma voiture qui allait lentement, une vieille femme, dans un costume sombre et d'une poignante révélation. Comme écrasée par des calamités multiples, courbée vers le sol sous le poids d'un accablant fardeau, elle s'avançait obliquement, rasant les murs, avec quelque chose de morne et d'épouvanté dans un visage ravagé de sillons tragiques.
En cette apparition funeste, j'ai cru reconnaître la mère de la Vescera.
Qu'était-elle devenue, la femme parée que j'entrevis, accompagnant sa fille, alors dans l'épanouissement de son affolant prestige?
Je n'ai qu'à fermer les yeux pour revoir aussi cette Mary Vescera, superbe, à une soirée chez le Prince de Reuss, ambassadeur d'Allemagne, dernière et sensationnelle apparition, dans la société viennoise, de celle qui allait être l'héroïne de la «sanglante énigme» de Mayerling.
Bien simple énigme, du reste. Encore fallait-il être placé pour voir et pour savoir. Et cela sera toujours difficile aux journalistes, improvisateurs des versions tendancieuses de «l'Actualité», cette ennemie de l'Histoire. Chacun d'eux continuera d'y remédier de sa place, par des imaginations ou des aperçus qui varient selon le point de vue. Si, après cela, la vérité est longue à venir, ce n'est pas extraordinaire. L'étonnant de la Presse n'est pas qu'elle abonde en fausses nouvelles, c'est que, parfois, elle en donne de vraies.
Je venais d'arriver à l'Ambassade. Le prince de Reuss me quitta pour aller au-devant de ma sœur et de son mari, qui faisaient une entrée de souverains.
Rodolphe m'aperçut, et, laissant Stéphanie, vint à moi directement.