Il eut comme un imperceptible haussement d'épaules et ne me parla plus de la soirée. Triste soirée! Une atmosphère de malaise pesait sur la brillante assistance. Je fus, pour ma part, si impressionnée, que, rentrée chez moi, je ne pus, de la nuit, trouver le sommeil.
J'avais suivi, pour ainsi dire, pas à pas le développement de la passion de Rodolphe.
Dès mon arrivée à la cour, l'Archiduc m'avait plu et il me témoignait de l'amitié. Nous étions presque du même âge. J'ose dire que, par bien des côtés, nous nous ressemblions. Nos idées étaient les mêmes sur beaucoup de points. Rodolphe fut confiant avec moi, et je sentis bientôt dans sa confiance quelque chose de plus.
Cela m'arrivait trop souvent, de divers côtés, depuis que j'étais à Vienne, pour que je ne fusse pas en garde. Mais Dieu sait qu'alors, j'eus quelque mérite à dire au prince, dans la cordialité du tutoiement d'usage dans les familles royales et princières que régit l'esprit patriarcal allemand:
—Marie-toi… J'ai une sœur qui me ressemble. Epouse-la!
Une première fois, il s'en fut en me répondant:
—J'aime mieux Middzi!
C'était une jolie fille, type parfait de la Viennoise, cette Parisienne de l'Est européen. Il en eut deux enfants.
Cependant, la sagesse l'emporta et, peut-être aussi mon influence, sans compter que, jeune mère, et puisant dans la maternité le courage de supporter bien des choses qui, plus tard, aggravées, ne furent plus supportables, je n'étais encore ni «démente, ni prodigue, ni capable de toutes les duplicités», au dire de mes persécuteurs.
Bien au contraire, longtemps mes qualités et mes vertus ont été exaltées par des gens qui devaient ensuite me couvrir d'opprobre. A cette époque, ma sœur cadette parut devoir être une réplique heureuse de ce que j'étais, et Rodolphe prit le train pour Bruxelles. Stéphanie devint la seconde dignitaire de l'Autriche-Hongrie, la future impératrice de la Double Monarchie.