Le coup fut rude. De ce jour, il commença à s'étourdir. Il était porté à s'oublier au cours des beuveries, des parties de chasse et autres. Ce penchant s'accentua. Ce fut à ce moment que la Vescera se trouva sur son chemin.
La première fois que je fus fixée sur sa beauté, je faillis perdre contenance, mise dans une situation imprévue et délicate, qui me fit appréhender l'excès de la passion dans une nature telle que celle de Rodolphe.
Il y avait un dîner au palais de Cobourg. L'Archiduc héritier était, selon son rang, à ma droite, et ma sœur en face de moi.
On parlait beaucoup, dans Vienne, de la liaison de Rodolphe et de la Vescera. Stéphanie, quoique silencieuse là-dessus, par dignité de caractère, devait souffrir. Je n'avais pas craint de dire à Rodolphe, aussi doucement que possible, mon opinion sur ce sujet difficile, et j'avais exprimé l'espoir que les racontars exagéraient. Je voulais penser qu'il ne s'agissait que d'un caprice. Et voilà qu'à table, les valets derrière nous, les convives attentifs à nos moindres gestes, et, premièrement, ma sœur et mon mari, Rodolphe s'avisa de me montrer, dans sa main, cachée par le couvert et ses ornements propices, un portrait de femme en miniature, dissimulé dans quelque chose qui me parut être un porte-cigarettes.
—C'est Mary, dit-il. Comment la trouves-tu?
Je n'eus d'autre ressource que de sembler n'avoir ni vu, ni entendu et, par-dessus la table, d'adresser la parole à ma sœur.
Mais, ainsi débridé, que ne ferait pas Rodolphe? On ne fut pas long à le voir.
Mon beau-frère est mort le 30 janvier 1889, entre six et sept heures du matin. Trois ou quatre jours auparavant, dans la matinée—chose bien rare—ma sœur vint chez moi. Fatiguée, j'étais encore au lit. Stéphanie était inquiète, agitée.
—Rodolphe, dit-elle, va partir pour Mayerling et y rester quelques jours. Il n'y sera pas seul. Que faire?
Je me redressai sur mes oreillers, saisie d'un pressentiment sinistre. Les paroles de l'Archiduc à la soirée du Prince de Reuss étaient encore dans mes oreilles.