—Pour l'amour de Dieu! m'écriai-je, ne le laisse pas partir seul. Va avec lui.

Mais était-ce possible? Hélas! il en fut autrement. Je ne devais revoir ma sœur que veuve et mon beau-frère, inerte, sur son lit de parade, le visage exsangue, entouré d'un bandeau blanc…

Le 28, dans l'après-midi, je faisais une promenade au Prater, seule avec ma dame d'honneur. C'était un beau jour d'hiver, et le soleil oriental semblait s'attarder à Vienne. J'avais fait mettre ma voiture au pas pour goûter la clémence du ciel, mieux regarder les équipages et les cavaliers, et recevoir et rendre les saluts.

Dans la Hauptallee, j'aperçus avec étonnement Rodolphe sans suite, à pied, et qui causait d'une manière animée, avec cette comtesse L…, qui a beaucoup fait parler d'elle, publié bien des choses, et dont le rôle, près de Rodolphe, fut tel qu'il ne me convient pas de l'apprécier.

L'Archiduc vit ma voiture. Il me fit signe d'arrêter et vint au marchepied.

Il allait me parler pour la dernière fois!

Je me suis demandé bien souvent pourquoi ses paroles banales, en somme, me causèrent un trouble indéfinissable. Leur son est resté en moi, et je n'ai jamais oublié le singulier regard qui les accompagnait. Rodolphe était pâle, fiévreux, à bout de nerfs.

—Je pars tantôt pour Mayerling, prononça-t-il. Dis au «gros» de ne pas venir ce soir, mais seulement après-demain matin.

Le «gros», révérence parler, c'était mon mari. Le prince de Cobourg comptait parmi les plus fidèles compagnons de Rodolphe dans ses parties de chasse et de plaisir.

Je voulus retenir un instant mon beau-frère, essayer de le faire causer davantage. Je demandai: