Je la trouvai, blême et muette, tenant en main une lettre dont le secret, aujourd'hui, est dû à l'Histoire.

Cette lettre, on venait de la découvrir dans le bureau particulier de Rodolphe, à l'adresse de Stéphanie. Elle annonçait sa mort.

Tout était résolu, quand mon beau-frère me parlait au Prater. La lettre débutait ainsi: «Je prends congé de la vie…»

C'était trop pour moi de lire cela. Les mots se brouillaient sous mes larmes.

«Sois heureuse à ta façon», disait-il à sa femme.

Et sa recommandation ultime était pour leur enfant: «Prends bien soin de ta fille. C'est ce qui m'est le plus cher. Je te laisse ce devoir.»

Malheureuse enfant, qui n'a pas eu de père, je l'ai plainte bien souvent, et je la plains plus que jamais. Elle ne sait pas ce qu'elle a perdu.

Le Prince de Cobourg ne revint au palais que dans la nuit du 31, après de longues heures passées chez l'Empereur. Il entra chez moi. Le désordre de ses traits et la fébrilité de ses paroles disaient quelles émotions il venait de traverser. Je le pressai de me donner des détails.

—C'est horrible! horrible! ce que j'ai vu là-bas, prononça-t-il. Mais je ne puis, je ne dois rien dire, sinon qu'ils sont morts tous deux.

Il avait prêté serment de se taire entre les mains de l'Empereur, de même que les autres amis de Rodolphe, venus pour chasser à Mayerling. Le secret fut bien gardé. Les quelques gens de service qui auraient pu parler eurent aussi de fortes raisons de ne rien dévoiler.