Quand je me rendis près de l'Impératrice, sur son appel, je fus en face d'une statue de marbre couverte d'un voile noir.
Je ressentais une émotion si forte que j'avais peine à marcher.
Je baisai passionnément la main qu'elle me tendit, et, de sa voix brisée de mère au Calvaire, elle murmura:
—Tu pleures avec moi, n'est-ce pas?… Oui, je sais que tu l'aimais bien!
Oh! l'infortunée, elle adorait son fils. Il lui faisait supporter l'ennui de cendre grise que dégageait son père, si mesquin, près d'elle, si grande. Rodolphe ravi à sa tendresse et à l'œuvre impériale, elle allait fuir, elle aussi, cette cour désormais sans avenir pour elle, et rencontrer la mort. On sait de quel coup subit et cruel elle mourut, innocente victime des fautes de son rang.
J'ai vu, je vois, dans les drames successifs de la fin de la Maison d'Autriche, un châtiment céleste. Un pareil enchaînement de fatalités sanglantes, qui nous ramène aux tragédies de Sophocle ou d'Euripide, n'est pas le simple jeu du hasard. La justice des dieux fut toujours celle de Dieu. La cour de Vienne devait périr, terriblement frappée. Elle avait tout trahi et, d'abord, ses traditions, car il n'y restait rien de haut, même dans l'intrigue. Ce n'était plus qu'une basse cuisine de valets de Berlin. Et, lorsque François-Joseph, au fameux Congrès Eucharistique de la veille de la guerre, avait paru dans le carrosse impérial et devant les Autels, en Prince de la Foi, il allait, au sortir de ces pompes, finir platement sa journée en écoutant, chez Mme S…, les potins de Vienne et les racontars de police.
Rodolphe est mort de dégoût.
X
FERDINAND DE COBOURG ET LA COUR DE SOFIA
La famille de Cobourg était à son apogée au temps de Léopold Ier et du Prince consort.