Elle donnait à l'Europe une série de princes faits vraiment pour diriger des peuples. Leur influence, directe en Belgique, indirecte en Angleterre, mais non moins efficace, créait une période de paix et d'entente dont on sait les fructueux résultats.

Plus tard, au temps où mon père continua brillamment l'œuvre du sien, le duc Ernest, prince régnant dans le duché de Saxe-Cobourg-Gotha, ne se montrait pas inférieur à son cousin de Bruxelles. A Vienne, le Prince Auguste, si parfaitement bon, et que j'eus trop peu comme beau-père, avait aussi prouvé qu'il était un homme de valeur.

Des divers Cobourg, ceux de Vienne, frères de mon mari, étaient avec lui les descendants mâles qui devaient continuer le nom et la race.

Je parlerai principalement de l'un d'eux, Ferdinand, ex-tsar de Bulgarie. Je ne m'étendrai pas de nouveau sur la branche de ma famille à laquelle il appartient. Son rôle dans l'Histoire contemporaine est suffisamment connu.

Ferdinand de Cobourg, encore vivant quand j'écris ceci, est un des êtres les plus curieux qu'il soit possible d'imaginer.

Pour le dépeindre, il faudrait un Barbey d'Aurevilly, à défaut d'un Balzac.

Plus ma pensée s'est affermie, en vieillissant, et plus j'ai cherché à comprendre ce personnage étrange, moins je l'ai compris, si je le considérais d'un des points de vue ordinaires à la psychologie humaine.

J'ai lu souvent que la femme est une énigme. Il y a des hommes pires que des femmes. C'est à se demander si celui-ci ne s'était pas créé, encore plus que Guillaume II, un monde artificiel, dans lequel il a voulu vivre. Je dirai lequel tout à l'heure.

Je reconnais que l'éducation princière, en excitant par ses respects et flatteries de tous les jours l'amour-propre des princes, a tôt fait de les rendre singuliers, si, d'autre part, quelque influence salutaire ne fait frein aux excitations de l'orgueil.

Une mère supérieure ne parvint pas à équilibrer les dons incontestables de Ferdinand. Il était né à l'automne de la Princesse Clémentine. C'était son Benjamin. Elle fut faible pour lui. Cette force de toutes nos forces, l'amour des mères, a ses faiblesses. Les mauvais fils sont ceux qui en abusent, et ceci, suivant cette justice qui ne se laisse jamais voir, mais qui a ses arrêts et ses châtiments, parfois visibles ici-bas,—ceci doit être durement expié.