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On a dit que j'étais belle. J'ai eu, de mon père, une taille élevée; j'ai eu aussi de ses traits, et même de son regard.

Je tiens de ma mère un certain penchant à la rêverie, au repliement sur soi-même qui fait que si, parfois, une conversation ne m'intéresse point, ou si quelqu'un ou quelque chose me trouble, je suis ailleurs, je m'absorbe, je m'enfuis. Mes yeux le dévoilent, et si je me reprends, l'effort que je fais pour revenir à la situation donne à mes traits une expression fugitive qui m'est particulière.

Les blés ne sont pas plus blonds que j'ai été blonde; aujourd'hui, mes cheveux sont d'argent. La couleur de mes yeux est d'un brun clair, qui tient à la fois des yeux de la Reine et des yeux du Roi, mais plutôt du Roi. Comme la sienne, ma voix peut passer d'une tonalité grave, assourdie, qui lui est ordinaire, à un certain éclat.

Je parle comme le Roi, plutôt lentement, quelle que soit l'une ou l'autre des deux langues que j'emploie principalement, et qui me sont également familières, la française et l'allemande.

Suivant le cas, je pense en français ou en allemand, mais quand j'écris, je préfère écrire en français.

Si éprise que je puisse être du simple et du vrai, relatifs, d'ailleurs, à chaque condition, je pense qu'une femme, où qu'elle soit, doit garder son rang.

Il faut des degrés en tout. Les rapports entre les hommes tirent leur suite et leur harmonie des nuances de l'éducation et des règles des fonctions sociales.

Indifférente aux fausses politesses et aux fausses louanges, de même qu'aux distinctions des habiles et aux titres des intrigants, je considère et respecte les mérites. S'ils sont reconnus et récompensés, je tiens pour estimables les honneurs qui leur sont accordés.

J'aime les arts, et j'ai une préférence pour la musique. La Reine était ainsi. J'ai, de même, son goût du cheval. Les divers sports me semblent secondaires, en comparaison de l'intérêt de l'hippisme sous toutes ses formes.