La raison d'Etat et l'impossibilité, pour cette mère, de vivre sans voir ses enfants retenus prisonniers du trône de leur père, furent plus fortes que sa révolte et son désespoir. Quelques mois plus tard, elle accepta de revenir à Sofia.
Les Parme étaient, comme elle, bouleversés. Le Saint-Siège avait excommunié Ferdinand. Cette malédiction sacrée jetait dans le deuil la famille si croyante et si digne d'amour qui lui avait fait confiance en lui donnant une de ses filles.
Je revis, à Sofia, la pauvre princesse de Bulgarie. Elle avait héroïquement repris la charge conjugale; elle relevait de couches.
Qui saura, qui dira jamais ce qui se passait en elle? Dévorée d'angoisses intérieures, elle en mourut peut-être. Elle était de ces natures que ronge une plaie d'âme. J'ai pensé bien souvent à elle. Ce fut une martyre de son amour pour ses enfants.
Un séjour à Sofia, resté ineffaçable dans ma mémoire, nous ramène à 1898.
Mon mari m'accompagnait, mais il y avait toujours, entre son frère et lui, quelque chose d'indéfinissable et d'indéfini qui était ce que j'ai précédemment indiqué.
On ne pouvait être mieux accueilli que nous ne le fûmes. La vie du Souverain était supérieurement organisée dans ce pays encore primitif. Au palais, rien ne manquait. L'Orient et l'Occident s'y mariaient confortablement.
Ferdinand me donna, pour garder mon appartement personnel, une sorte d'honnête brigand revêtu d'une livrée pittoresque, d'aspect oriental. A partir du moment où il lui fut dit de veiller sur moi, et de n'obéir qu'à mes ordres, il s'installa devant ma porte, et de jour et de nuit, n'en bougea plus. Mon mari lui-même ne serait pas entré sans ma permission.
Je n'ai jamais compris comment cette farouche sentinelle pouvait être toujours là.
Mon beau-frère se montra pour moi d'un empressement délicat et raffiné. Il me fit la reine de ces jours de fête. Je fus comblée d'hommages par tout ce qui l'entourait. Chaque repas était une merveille de décoration et de cuisine. Les Sybarites auraient aimé le palais de Sofia.