A ce souper, que je revois comme si j'y étais, il me dit, sans pouvoir être entendu de mon mari, placé en face de nous, du côté où la Princesse absente, étant souffrante, aurait dû être:
—Tu vois tout ce qui est ici, hommes et choses. Eh bien! tout, y compris mon royaume, je le mets, avec moi, à tes pieds!
Je ne pouvais accueillir cette déclaration de roman qu'en y voyant une galanterie qui tenait plus de la fantaisie que de la réalité. C'est sur le ton de la plaisanterie que j'essayai de répondre. Mais j'avais plus d'une raison, outre l'expression de son regard qui démentait l'aisance de sa voix, de me méfier de son imagination asservie à son désir.
En effet, le même soir, après le souper, il vint à moi et, m'attirant du salon de danse dans une pièce voisine, vers une des portes-fenêtres ouvertes sur la nuit orientale et la paix du petit parc du palais, il me demanda si j'avais compris ce qu'il m'avait dit à table.
Sa parole était dure, son regard fixe. Il avait quelque chose d'impérieux et de fascinateur. J'étais extrêmement troublée. Il insista brutalement:
—C'est pour la dernière fois que je t'offre ce que je t'ai offert. Comprends-tu?
Mes yeux se reportèrent sur le salon. J'aperçus le prince de Cobourg, si différent de ce frère encore jeune, imposant, plein de force, beau d'allure. Mais l'image de la Princesse Marie-Louise passa devant mes yeux, et aussi celle de la Reine… Je secouai la tête en murmurant un «non» effrayé.
Je devais être d'une pâleur de cire. Ferdinand changea de visage. Ses traits eurent une expression sinistre; il blêmit et, d'un ton rauque, menaça, dans un ricanement:
—Prends garde! Tu t'en repentiras! Par «Kophte»… (?)
Il ajouta ces mots incompréhensibles qu'il prononçait, lorsqu'il me demandait de jouer, à minuit, la marche d'Aïda dans le salon obscur.