J'ai fui et je me suis défendue. Mais alors, afin de me reprendre et de m'abattre, oh m'a d'abord réduite à la portion congrue, puis on m'a coupé les vivres.

J'avais perdu la meilleure des mères; le Roi, trompé, irrité du reste, parce que, plus politique que je ne l'étais, il mettait, en ce qui me concerne, les apparences de la correction au-dessus des réalités de la conscience, le Roi se désintéressait du sort cruel fait à sa fille aînée.

Dès mon internement, mes sœurs et le reste de ma famille avaient eu plus d'une raison de se régler sur le Roi. Je me vis donc oubliée des miens, qui commettaient cette faute de négliger, pendant des années, de m'aller voir dans ma maison de santé.

Ou j'étais malade, ou je ne l'étais pas! Et m'abandonner, c'était laisser voir que je ne l'étais pas…

La presse finit par s'indigner. Alors, on vint. Oh! bien rarement. C'était si pénible et si embarrassant—pas pour moi!

Quand je m'évadai, la pitié affectée fit place à une colère sincère…

Il fallait pourtant que je vive et que je reconnaisse dans la mesure du possible les services qui m'étaient rendus. Enfin, je fus obligée de plaider. Nouveau crime.

Ah! ce n'est pas de m'être révoltée contre un mari et contre un mariage devenus impossibles, qu'on m'en a voulu… Serais-je par hasard la première?… C'est d'avoir montré cet esprit déplorable que le monde ne pardonne guère: l'esprit combatif, l'esprit de résistance.

Une femme qui se défend—mal, je le veux bien; les arcanes de la procédure et les dessous des affaires m'ont toujours échappé—mais qui se défend tout de même, infatigablement, pour le principe, pour l'honneur, pour le droit, cette femme est détestable. Elle veut avoir raison, contre les autorités établies; elle fait scandale. Elle crie: «Je ne suis pas folle!» Elle crie: «On m'a volée!» C'est une peste!

Ordinairement, les gens bien élevés qu'on enferme et qu'on dépouille ne font pas tant de bruit. Quoi! Une Altesse, une fille de Roi, une femme de Prince qui ne veut être ni démente, ni dupe!