Toute de conscience pour l'essentiel de la dignité humaine, je serais l'inconscience en personne pour ce qui est secondaire?
N'est-ce pas insensé!
Mais laissons cela, et résumons, en les éclairant de lueurs nouvelles, les incroyables attentats d'une haine que rien n'a pu désarmer, jusqu'au jour où une autre justice que celle des hommes, jetant bas d'un tournemain des trônes indignement occupés, m'a sauvée des persécutions dont j'étais l'objet.
A la veille même de leur chute, la monarchie allemande et la monarchie austro-hongroise se croyaient encore tout permis. Les iniquités dont j'ai souffert ne sont qu'un exemple de ce qu'elles osaient faire. Que de crimes, à leur actif, demeurés ignorés! Et quelle corruption à leur contact!
On sait le début des intrigues où j'ai succombé.
J'étais à Nice avec ma fille. Celle-ci, mon espoir et ma consolation, me fut enlevée, comme je l'ai dit, par son fiancé liant partie avec le Prince de Cobourg, au mépris de la parole qu'il m'avait donnée.
Le Prince sentait que j'allais lui échapper définitivement, et, avec moi, la fortune à venir du Roi.
Je divorcerais, pensait-il; je me remarierais.
Divorcer, j'y songeais. Il a bien fallu y venir plus tard. Mais si je ne pouvais m'empêcher de me libérer de ce qui fut promis à un homme, quand, de lui-même, il avait détruit les raisons qui avaient été la base du serment prononcé, j'hésitais à me libérer de ce qui fut juré à Dieu, invisible et muet et qui ne corrompt, ni ne trompe, ni ne persécute.
L'indissolubilité du mariage est une chose; la dissolubilité des liens de la chair en est une autre. Plus j'ai vécu, plus j'ai pensé que le divorce est un fléau. Il faudrait avoir le courage d'admettre que les cas individuels ne sont rien; seul compte l'intérêt de la collectivité. Tant vaut le mariage, tant vaut la société. On a fait du mariage quelque chose de fragile, la société tombe en morceaux. L'Eglise a donc raison. Mais qui de nous ne chancelle et ne méconnaît que la règle divine est essentiellement une règle humaine?