Le comte venait de recevoir, à Nice, les témoins du Prince de Cobourg que la cour de François-Joseph avait décidé à ce cartel. Le duel mit en présence les deux adversaires, à Vienne, au manège de cavalerie, en février 1898. Le lieutenant tira par deux fois en l'air et, par deux fois, le général tira sur le lieutenant. On passa au sabre. Le lieutenant continua de ménager le général, et le toucha d'un coup léger à la main droite.

Il renforça ainsi les sentiments que le Prince pouvait avoir à son égard. Trois semaines plus tard, on l'impliqua dans cette abominable histoire de fausses lettres de change, inventée de toutes pièces, et dont le Reichsrat, par la suite, devait faire bonne justice.

Le jugement—inouï!—qui prétendit déshonorer le plus noble des hommes n'eût pu être prononcé, si mon témoignage avait été retenu.

Mais on s'empressa de m'enfermer. Ma déposition fut étouffée, et le Comte, condamné!

Un homme vit encore, silencieux et caché, et qui, si je calcule bien, a soixante-quinze ans révolus, quand j'écris ces lignes qu'il pourra lire, si elles voient le jour avant qu'il disparaisse de ce monde.

Dans l'instant où mon souvenir l'évoque au seuil des maisons de fous où sa haine me jeta, au seuil des prisons où elle fit enfermer le comte Geza Mattachich, qu'il sache que ses victimes lui ont pardonné.

Elles pourraient, aujourd'hui, lui demander des comptes devant la justice autrichienne, affranchie des contraintes d'antan. Elles l'épargnent. Que le juge Celui qui nous jugera tous.

Je ne sais même plus quels furent les instruments de sa vengeance.

On m'a montré, dans Vienne, il n'y a pas longtemps, un pauvre être, aux trois quarts aveugle, penché vers le tombeau, et l'on a murmuré à mon oreille le nom de l'avocat juif, réprouvé par tout ce qui est estimable dans Israël, en Autriche, et qui fut l'agent, l'instigateur, le conseil de l'implacable fureur acharnée à ma perte.

J'ai détourné les yeux en pensant que ce même personnage, obstiné dans son système de rigueurs policières au service de l'abus de pouvoir, avait armé le bras de la femme qui tua mon fils…