Vive le vin! les nuits d'ivresse!
Vivent la table et la beauté!
Vrai Dieu! la vie enchanteresse
C'est le plaisir et la paresse!
Rien n'est vrai, hors la volupté!

Vive l'amour des courtisanes!
L'amour qui s'obtient sans effort.
Vivent les yeux de ces sultanes,
Les baisers sur les ottomanes
Quand le vin ruisselle avec l'or!

Malheur aux femmes de ce monde!
Honte à ces bégueules sans coeur!
Leur métier de vertu profonde
Est encor cent fois plus immonde
Que notre métier d'impudeur.

A nous leurs maris et leurs frères!
Nous autres, les filles sans nom,
Nos calèches sont plus légères;
Et leurs fils boivent dans nos verres
Pour nous venger de leur affront.

Vive la clarté des bougies!
Vivent la débauche et le bruit!
Comme les lèvres sont rougies!
Les yeux pâlis par les orgies
Ne brillent plus qu'après minuit.

D'ailleurs, nous sommes les plus belles,
Et, partout, c'est nous qui trônons;
C'est pour nous qu'ils sont infidèles,
Mais ils ne valent pas mieux qu'elles,
Ces beaux fils que nous ruinons.

Oui, votre sottise est étrange,
Car vous nous faites les yeux doux
Et nous méprisez en échange;
Mais vous nous traînez dans la fange
Sans pouvoir vous passer de nous.

A nous vos jeunesses rendues,
Vos bijoux, vos chevaux de prix,
Vos amours, vos santés perdues!
A nous, à nous, filles vendues!
Pour nous venger de vos mépris.

Vive l'atmosphère étouffante
Qui se répand dans un festin!
Puisque c'est le vin que je chante;
Plus la chaleur est accablante,
Meilleur encore en est le vin!

Vive le vin! les nuits d'ivresse!
Vive la table et la beauté!
Vrai Dieu! la vie enchanteresse
C'est le plaisir et la paresse!
Rien n'est vrai hors la volupté!