J'écoute avec charme, ô nature!
Qu'est-ce donc qu'un coeur d'amoureux?
Ce bruit de cailloux, quand murmure
La source au fond du ravin creux;

Quand la brise, sur la montagne,
Soupire en inclinant les fleurs:
Et me voilà, par la campagne,
Dieu me pardonne, tout en pleurs!

Je crois même, quelle folie!
Qu'un rossignol ou qu'un pinson
Me rend plein de mélancolie.
Las! qui me rendra ma raison?

D'où vient, j'ose à peine le dire,
Que je me suis, seul dans les bois,
Surpris quatre fois à sourire
Quand je pleurais tout à la fois?

Est-ce l'amour? Sans m'y connaître,
Je le crois quand je pense à vous.
Mais, non; l'amour ne doit pas être
Si cruel, hélas, ni si doux!

1856.

L'AUTOMNE

Septembre finissait: déjà le vent d'automne
Du printemps, dans les bois, effeuillait la couronne.
Les monts, dorés encor des reflets du soleil,
Se mouraient sous ses feux. Chaque arbre à son réveil,
Voyait le sol jonché de ses feuilles flétries,
Brillantes de rosée et par le froid meurtries.
Comme un rideau de gaze, une faible vapeur
Jetait sur la vallée un voile de langueur;
De quelques pauvres toits, en spirale dormante,
S'élevait lentement une trace fumante,
Tandis que le soleil, à l'horizon lointain,
Rougissait les coteaux d'un rayon incertain.

En longs frémissements les brises murmurantes
De l'automne apportaient les senteurs enivrantes
Et soupiraient ces chants qui font rêver d'amour,
Errants dans les échos sur le soir d'un beau jour.
Et la nature alors chantait comme en un rêve
Le silence et l'amour, l'ombre et tout ce qui rêve,
Puis semblait, languissante ainsi que la beauté,
Mourir dans sa splendeur et sa sérénité.

Octobre 1857.