MA FOLIE
Moi, j'ai fait ma folie
D'une fille aux yeux bleus.
Le moindre de ses voeux
Dispose de ma vie.
Et jusqu'à son dépit,
Jusques à ses pleurs même,
Tout en elle je l'aime,
Et pourtant elle en rit.
Et pourtant, si ma bouche
S'égare sur sou cou,
Elle m'appelle fou,
La folle, et s'effarouche.
Et je suis furieux!
Car elle est si jolie
Que j'aime à la folie
Cette fille aux yeux bleus.
Paris, Mai 1858.
A MARIE
En promenant, vous souvient-il, Marie,
Vous me donniez votre petit bras blanc
Que je serrais parfois, tout en causant?
Vous pâlissiez malgré vous, ma chérie,
Et votre voix tremblait en me parlant.
Je vous aimais, Mariette, et pourtant
N'en disais rien, mais je mourais d'envie
De vous conter mon secret, par moment,
En promenant.
Mais vous partez; quand on part, on oublie.
Vous allez donc vous marier, vraiment?
Parfois, là-bas, si votre coeur s'ennuie,
—Vos grands yeux bleus sont si doux en rêvant!—
Songez à moi du fond de l'Algérie,
En promenant.