Toulon, Juin 1858.

RHODINA

Fille de Lesbos, vierge aux tresses blondes,
Nymphe auprès de qui pâlirait Vénus,
Fleur du Sunium, dont de chastes ondes
Au soleil jadis baignaient les pieds nus!

Comme sur la mer, la mer frémissante
Poursuit le sillon d'un fuyant esquif,
Sur le sable fin l'onde caressante
A-t-elle effacé ton pas fugitif?

Blanche Rhodina, ma déesse antique,
Si chez les mortels, par faveur des dieux,
Tes charmes divins, dans leur grâce attique,
Daignaient un beau soir descendre des cieux,

Si tu revenais, ravissante et telle
Que Cléphas te vit, un jour de péché,
Je voudrais t'aimer d'amour immortelle
A rendre jalouse Hélène ou Psyché!

Car parmi tes soeurs au chaste sourire
Dont je vois s'enfuir dans les bois ombreux
Le pas, cadencé comme un chant de lyre,
Toi seule es la reine aux yeux amoureux.

Et tu m'aimerais, ma pudique amante,
Tout en restant nymphe et divinité:
Comme ton sein nu sa pudeur charmante,
O reine, l'amour a sa chasteté.

Passy, Août 1858.

A L'HOTELLERIE