Pour en revenir au malaise
De mon esprit,
Nous parlions de ce qui me pèse
Et m'assombrit:
Non! ce n'est ni la Poésie
Au front rêveur,
Engendrant la mélancolie
Dans tout le coeur;
Ni le spleen qui bâille et qui bâille,
Le spleen maudit
Triste et plat comme une muraille
Qu'on reblanchit;
Ni rien des malheurs de la vie,
Petits ou grands,
Qui passent et que l'on oublie
Avec le temps.
Mais alors, d'où vient que mon âme
Voit tout en noir?
Que mon coeur palpite, sans flamme
Et sans espoir?
Quel est donc ce malaise étrange
Qui m'engourdit?
Est-ce mon diable ou mon bon ange
Qui m'affadit?
Je crois que j'aimais ma maîtresse,
Sans m'en douter;
Et que je suis plein de tristesse
De la quitter.
Suis-je donc un amant fidèle?
Car, en un mot,
J'ai dans l'âme une peur mortelle
De l'aimer trop.
Je laisse, hélas! tout ce que j'aime
Derrière moi;
Si je pleure au fond de moi-même,
Voilà pourquoi.
Je sens que mon coeur se réveille,
Espoir déçu!
Quand je le crois mort, il sommeille
A mon insu.