Nous avons beau faire, notre âme
Subsiste en nous
Et brûle, étincelle sans flamme,
D'un feu plus doux.

Cette étincelle est notre vie,
Joie ou malheur;
Sa lueur, ardente ou pâlie,
Jamais ne meurt.

C'est la mystérieuse chaîne
Qui nous unit
A tout ce que notre âme en peine
Aime et bénit;

C'est l'amour qui tue ou fait vivre;
C'est notre sort;
C'est l'étoile qu'il nous faut suivre
Après la mort.

Dieu l'a dit, et la destinée
Suit son chemin
Comme une ennemie acharnée
Du genre humain.

Je marchais, croyant pour la vie,
Mon coeur brisé,
Et voilà que ce coeur me crie:
«Tu t'es trompé!»

Mes amis, ma mère et mon père,
Je vous aimais.
J'aimais ma maîtresse, ah! misère!
Plus que jamais.

Ah! si c'est bien toi qui déchaînes
Charmes et peines!
S'il est vrai que, toujours, demain
Soit dans ta main!

Mon Dieu, si nos blessures même
Viennent de toi!
Si mon cri n'était qu'un blasphème,
Pardonne-moi.

1858.