LA ROSE

O ma pauvre rose effeuillée,
Charme, regret, parfum, trésor,
Toi que ses lèvres ont mouillée,
O fleur, parle-moi d'elle encor.

C'est dans un bal que je l'ai vue,
Blanche avec des lèvres de feu.
Une douce flamme ingénue
Brillait dans son profond oeil bleu.
C'était, je crois, la nuit dernière
Que je la vis pour en mourir.

Il n'est point de pire misère,
Et pourtant ma douleur m'est chère
Et cher aussi son souvenir.

II

La Valse a d'étranges ivresses;
Je sentais à chaque détour
Ses beaux bras aux molles caresses
Qui me chargeaient de morbidesses
Toutes ruisselantes d'amour.
—Elle est blanche, sa chevelure
L'éclaire comme un cadre d'or
Éclaire une miniature.
L'étoile tremblante qui dort
Aux cieux où sa clarté s'azure,
Brille d'un moins pur diamant
Que ne brillait son front charmant
Pendant cette nuit de féerie.

Hélas! Tout s'est enfui, pourtant!
Mais de ma vision chérie
Il me reste la fleur flétrie
Qu'elle a perdue en me quittant.

O douceur! ô mélancolie!
Adieu, fleur désormais pâlie!
L'amour est ce bel oiseau bleu
Léger comme un songe frivole,
Qui nous caresse, et puis s'envole.
En battant des ailes, vers Dieu!

Paris, Novembre 1859.

RENCONTRE