Je le croyais pourtant bien mort, mon pauvre amour.
Et rien que pour la voir aujourd'hui, dans la rue,
Le voilà revenu, brûlant, comme à sa vue
Il me prit un beau jour.

Mais alors il était doux et plein d'espérance
Comme un rayon de lune adorable qui luit,
Quand la tempête souffle et que le vent balance
Les arbres dans la nuit.

Et je l'avais béni, lui si plein de promesses,
Me berçant à son chant….—Beaux rêves enchanteurs!—
Hélas! pourquoi faut-il que toutes nos tendresses
Nous coûtent tant de pleurs?

Certes! j'aurais juré de l'avoir oubliée,
Elle qui m'a tant fait souffrir quand je l'aimais,
Et voilà que ma plaie à peine refermée
Saigne plus que jamais!

Passy, Mai 1860.

A MADAME L***

C'est amusant, à deux, de courir dans les bois,
Et de rêver le soir au frais des grands ombrages.
En parlant à voix basse errer sous les feuillages,
N'est-ce pas un bonheur à faire envie aux rois?

Cependant un boudoir, lorsque de petits doigts
Vous en ouvrent la porte, a bien ses avantages,
Qui partout ont semblé divins, même aux plus sages.
C'est mon avis, et c'est le vôtre aussi, je crois.

On dit même, est-ce vrai? qu'une bonne voiture
Quand les coussins sont doux, moins pourtant que les yeux
De celle qui l'occupe, est chose qui s'endure.

Un seul point me surprend: ces mots mystérieux
Que le coeur seul entend, que la bouche murmure,
Oh! comme on les oublie après un an ou deux!