13 Juillet 1863.
LE RÊVE
I
Elle m'a fait une marque
Sur le front;
Les siècles y passeront.
Chaque rive où je débarque
M'apparaît
Sombre comme une forêt,
Comme une forêt détruite
Que le vent
Tourmente éternellement.
C'est une terre maudite,
Et mes yeux
La retrouvent en tous lieux.
II
J'entends des voix gémissantes,
Et ne vois
Que le vide autour de moi,
Et leurs plaintes menaçantes
Font un choeur
Qui me déchire le coeur.
On dirait des funérailles
Dont le bruit,
Qui vient traverser la nuit
Semble sortir des entrailles
D'un enfer
Qui se serait entr'ouvert.
C'est comme un chant monotone
Que les morts
Viennent chanter sur leurs corps,
Ou le glas lointain qui sonne,
Désolé,
De quelque monde écroulé.